Devenu l'heureux père d'un quatrième enfant, Berat Albayrak, ministre de l'Economie et gendre du président Erdogan, partage la nouvelle le 30 juin sur Twitter. Les messages de félicitations affluent... comme les commentaires narquois. "Nommez ce bébé ministre, il ne pourra qu'être meilleur que son père", écrit un internaute qui récolte plus de 500 "likes" d'utilisateurs du réseau, amusés par sa référence à la crise économique. Le lendemain, 11 sont arrêtés pour injures. Surtout, le président Erdogan se fend d'un message public : "Vous comprenez maintenant pourquoi nous nous opposons aux réseaux sociaux ? Pour mettre fin à ce type d'immoralités ! [...] Ces réseaux ne conviennent pas à ce pays et nous allons soumettre cela rapidement au Parlement, car nous voulons que ces canaux soient fermés, contrôlés."

Les Turcs trouvent toujours les outils techniques pour déjouer la censure

Cette annonce laisse présager le durcissement d'une censure qui n'est pas nouvelle : 206 351 sites ont ainsi été bloqués par le pouvoir au cours des cinq dernières années, telle l'encyclopédie en ligne Wikipédia, interdite d'accès jusqu'en janvier dernier. "Il y a chez les jeunes une forme de lassitude à l'encontre d'Erdogan (au pouvoir depuis dix-huit ans). Or, quand vous ne parvenez pas à conquérir leur vote, le plus simple est de les éloigner des isoloirs en les empêchant de s'informer, ou de ruiner leurs espoirs de changement par le biais de la censure", considère Ceren Sözeri, chercheuse en science des médias à l'université Galatasaray.

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En emprisonnant les journalistes d'opposition (plus de 130 sont derrière les barreaux) et en faisant main basse sur la presse écrite et les chaînes de télévision par le biais d'hommes d'affaires qui lui sont acquis, le président jouit d'un avantage médiatique qu'il n'entend pas voir remis en question par Internet. De même que ses rêves de fondation d'une "génération pieuse" ne doivent pas être compromis par la contre-culture des réseaux sociaux. "Mais il ne faut pas s'y tromper : les Turcs, et surtout les jeunes, ont toujours trouvé les outils techniques pour déjouer la censure. Ils y parviendront encore demain", veut espérer Ceren Sözeri.