Le groupe Etat islamique (EI) poursuit sa destruction de la cité antique de Palmyre, inscrite par l'Unesco au patrimoine mondial de l'humanité. Il a réduit en poussière le célèbre Arc de triomphe. C'est le dernier monument en date à être détruit par les djihadistes.
"Nous avons reçu des informations sur le terrain selon lesquelles l'Arc de triomphe a été détruit hier (dimanche). L'EI l'a piégé il y a quelques semaines", a affirmé le chef des Antiquités en Syrie, Mamoun Abdelkarim. "Nous sommes en train de vivre une catastrophe. Depuis la capture de la cité (par les djihadistes), c'est un choc après l'autre", a ajouté le responsable, joint par téléphone par l'AFP. L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) et des militants de la ville ont également rapporté la destruction du monument.
"Ils veulent raser Palmyre"
L'Arc de triomphe, vieux de 2000 ans et situé à l'entrée de la célèbre rue à colonnades du site historique, "était une icône de Palmyre", a regretté le responsable.
Ce nouveau drame fait craindre la destruction totale de la cité historique. "C'est une destruction méthodique de la cité. Ils veulent la raser, la faire disparaître complètement. Nous risquons de la perdre en entier", a dit Mamoun Abdelkarim. "On sait que l'EI a encore piégé d'autres monuments. Ils veulent détruire l'amphithéâtre, la colonnade. Nous avons désormais peur pour toute la cité antique". "Il faut que la communauté internationale trouve le moyen de sauver Palmyre", ville qui recèle les plus beaux trésors de Syrie, a-t-il imploré.
L'arc de triomphe n'était pas un monument religieux
L'EI, qui a profité de la guerre civile pour s'implanter en Syrie, s'était emparé le 21 mai de Palmyre, à 205 km à l'est de Damas, après en avoir chassé les forces gouvernementales, suscitant aussitôt la crainte pour l'avenir du patrimoine syrien. Le 23 août, les djihadistes ont fait exploser le temple de Baalshamin à Palmyre. Quelques jours plus tôt, ils avaient mutilé le corps de l'ex-patron des Antiquités de la ville Khaled al-Assaad, 82 ans, un des meilleurs experts mondiaux, après l'avoir exécuté. Par la suite, ils ont rasé le temple de Bêl, souvent présenté comme le plus beau du Moyen-Orient avec celui de Baalbeck au Liban. Et début septembre, ils détruisaient les tours funéraires, qui étaient caractéristiques de l'architecture de la ville.
Les djihadistes considèrent les statues ou fresques représentant des hommes ou des animaux comme de "l'idolâtrie" et ont déjà détruit pour cette raison plusieurs trésors archéologiques en Irak et en Syrie. Mais pour le chef des Antiquités, "l'EI détruit désormais par vengeance, même pas pour des raisons idéologiques car l'Arc de triomphe n'était pas un monument religieux mais civil".

Vue aérienne partielle de la cité antique de Palmyre, dans le désert syrien, prise le 13 janvier 2009
© / afp.com/CHRISTOPHE CHARON
900 monuments détruits depuis le début de la guerre
Outre son lourd bilan humain avec plus de 240 000 morts et des millions de personnes contraintes à l'exil, la guerre qui ravage la Syrie depuis quatre ans et demi a des conséquences dévastatrices sur un patrimoine d'une valeur inestimable. D'après l'association de la protection de l'archéologie syrienne, plus de 900 monuments ou sites archéologiques ont été touchés, abîmés ou détruits en quatre ans et demi de guerre. En décembre 2014, l'ONU avait affirmé que près de 300 sites importants avaient été détruits, abîmés ou pillés depuis mars 2011, images satellitaires à l'appui.
Les responsables de Palmyre ont pu heureusement évacuer le musée et mettre à l'abri plusieurs pièces inestimables.
