Le groupe État islamique a décapité Khaled al-Assaad. Âgé de 82, il a dirigé pendant quarante ans (de 1963 à 2003) le service des Antiquités de la célèbre cité syrienne de Palmyre. Des images montrant son corps accroché à un poteau, la tête coupée sur le sol, ont circulé sur des sites djihadistes. Mais pourquoi Daech s'en est-il pris à lui?

Khaled al-Assaad "était l'un des plus éminents experts du monde antique. Il parlait et lisait le palmyrénien et nous nous adressions à lui, quand nous recevions de la police des statues volées, pour qu'il détermine si elles étaient vraies ou fausses", a déploré le directeur général du département des Antiquités et des musées de Syrie, Maamoun Abdelkarim.

Le directeur des "idoles"

Mais pour les djihadistes, il était "un partisan du régime" car il a représenté la Syrie à des conférences à l'étranger "avec des infidèles" et a été le directeur des "idoles" à Palmyre. La version rigoriste de l'islam sunnite prônée par l'EI considère les statues humaines ou animales comme de l'idolâtrie.

Syrian antiquities chief Maamoun Abdulkarim looks at a photo on his laptop at his office in Damascus on August 19, 2015, of Khaled al-Assaad, the 82-year-old retired chief archaeologist of Palmyra, after the Islamic State (IS) group beheaded al-Assaad who refused to leave the ancient city when the jihadists captured it, Abdulkarim said. Abdulkarim told AFP he had urged al-Assaad to leave Palmyra, but he had refused. AFP PHOTO / LOUAI BESHARA

Maamoun Abdulkarim montre une photo of Khaled al-Assaad, tué par l'EI alors qu'il avait 82 ans.

© / LOUAI BESHARA / AFP

Selon Maamoun Abdelkarim, le supplicié a été interrogé pendant un mois avec son fils Walid, l'actuel directeur des Antiquités de la ville, car les djihadistes voulaient connaître la cachette où se trouverait prétendument l'or. "Mais il n'y a pas d'or à Palmyre", a-t-il dit.

"Je suis de Palmyre et j'y resterai même s'ils doivent me tuer"

"Cette famille est remarquable car l'autre fils Mohammad et le gendre Khalil ont participé activement au sauvetage de 400 pièces antiques au moment de la conquête de la ville par les djihadistes", a ajouté le directeur général des Antiquités et des musées de Syrie. "Nous avions supplié Khaled de quitter la ville, mais il a toujours refusé. 'Je suis de Palmyre et j'y resterai même s'ils doivent me tuer', nous disait-il", a ajouté le directeur des Antiquités de Syrie.

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a rappelé que l'archéologue, "un homme de savoir" avait "travaillé avec de nombreuses missions archéologiques françaises".

De son côté, la directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova, s'est dite "triste" et "indignée" par "le meurtre brutal" de Khaled al-Assaad. "Ils l'ont tué parce qu'il n'a pas trahi son engagement profond envers Palmyre", a-t-elle dit dans un communiqué.