La rencontre est jugée "d'extrême importance" par les services diplomatiques israéliens. Ce mardi, le ministre des Affaires étrangères de l'État hébreu, Yaïr Lapid, passe plusieurs heures à l'Élysée pour convaincre Emmanuel Macron sur le dossier iranien. Son message : ne faites aucune confiance à l'Iran.
Le ministre israélien fait la tournée des capitales européennes, alors que les négociations sur le nucléaire iranien ont repris à Vienne. Lapid était à Londres lundi, où il a répété son avertissement. D'après lui, en revenant à la table des discussions après cinq mois d'interruption, les Iraniens cherchent uniquement à "gagner du temps, gagner des milliards grâce à la levée des sanctions, continuer de tromper le monde entier et faire avancer secrètement leur programme nucléaire. Et Yaïr Lapid de poursuivre : "c'est ce qu'ils ont fait dans le passé et c'est ce qu'ils feront cette fois encore. Le monde doit l'empêcher et il peut l'empêcher. Des sanctions plus strictes. Une surveillance plus stricte."
Côté iranien, l'espoir de la fin des sanctions économiques
Un message qui vise avant tout les chancelleries occidentales, qui négocient avec Téhéran l'arrêt de son programme nucléaire et un retour au JCPOA, l'accord de 2015 déchiré par Donald Trump en 2018. Mais les discussions paraissent déjà mal embarquées. Dans une tribune pour le Financial Times parue dimanche, le nouveau négociateur en chef iranien, Ali Bagheri Kani, annonce qu'un accord ne pourra aboutir que si les États-Unis sont prêts à "payer un prix" pour le retrait décidé par Trump, peuvent garantir qu'une telle sortie de l'accord ne se reproduira pas et qu'ils lèvent l'ensemble des sanctions économiques. Malgré sa volonté de trouver un accord, le gouvernement américain a déjà assuré qu'il ne donnera pas suite à ces demandes.
Ce qui n'empêche pas les craintes du côté d'Israël, pays en première ligne face à Téhéran, et qui s'est toujours opposé aux négociations avec la République islamique. "Avec l'Iran, Israël préfère ne pas avoir d'accord qu'un mauvais accord, explique Yonatan Freeman, professeur de relations internationales à l'Université hébraïque de Jérusalem. Pendant que nous perdons notre temps en discussions, les Iraniens continuent de développer leur technologie balistique et de mener leurs cyberattaques. Comme avec la Corée du Nord, il est impossible de leur faire confiance et Israël se retrouve véritablement en danger."
Malgré le changement de gouvernement israélien en juin, qui a mis fin à douze ans d'une politique étrangère très agressive sous Benyamin Netanyahou, l'État hébreu veut toujours privilégier la manière forte contre l'Iran. Qui le lui rend de manière extrême : la semaine dernière, le porte-parole de l'armée iranienne, le général Abolfazl Shekarchi, s'est montré pour le moins explicite face à l'agence de presse ISNA : "Nous n'abandonnerons jamais notre objectif, qui est la destruction totale d'Israël. Nous voulons débarrasser le monde du sionisme."
Face à ces menaces, Israël espère un soutien inconditionnel de l'allié américain, sans compromis avec l'Iran. "À Washington, le nouveau gouvernement dit clairement qu'il souhaite un accord sur le nucléaire iranien, pose Yonatan Freeman. Mais les Américains préparent aussi une réponse militaire dans le cas où les choses tourneraient mal. Mi-novembre, l'armée israélienne a réalisé un exercice conjoint avec les États-Unis et les Emirats arabes unis, pour se préparer à une action contre l'Iran."
En coulisses, Israël s'active aussi pour convaincre ses alliés de l'imminence du danger iranien. D'après le média américain Axios, très bien informé sur ces dossiers, les services de renseignement israéliens ont transmis des informations alarmistes à leurs homologues américains et européens ces dernières semaines : l'Iran s'apprêtait à atteindre un taux d'enrichissement de l'uranium de 90%, suffisant pour construire une bombe nucléaire. De quoi ajouter une pression supplémentaire sur les négociations de Vienne.
