En décembre dernier, au coeur du très chic quartier de la Colonie allemande à Jérusalem, Benyamin Netanyahou fait son jogging entouré de ses gardes du corps. Le nouveau chef de l'opposition vient d'essuyer un sérieux revers politique : son successeur honni, Naftali Bennett, a fait voter le budget par la Knesset et semble s'installer durablement au pouvoir.

Sur le plan judiciaire, l'horizon s'assombrit également pour l'ancien Premier ministre. Son procès pour corruption s'éternise et il hésite à signer un accord de plaider-coupable : un abandon des poursuites contre son retrait de la vie politique pour plusieurs années. Malgré ces déconvenues, la popularité de Netanyahou semble intacte en cette lumineuse journée d'hiver. Les promeneurs saluent amicalement "Bibi", qui se prête volontiers au jeu des selfies, avec un mot aimable pour chacun. "Il dégageait un charisme incroyable, se souvient Lionel Nabeth, un architecte de Jérusalem présent ce jour-là. Il m'a lui-même suggéré de retourner le téléphone pour se filmer ensemble." Sur la petite vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, Lionel annonce : "Voici l'ex et le futur Premier ministre d'Israël !" Netanyahou acquiesce en souriant.

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À peine six mois plus tard, la prophétie pourrait se révéler exacte. Le retour de Bibi n'a jamais semblé aussi proche, alors que la coalition actuelle prend l'eau et que les sondages prédisent à Netanyahou une majorité à la Knesset en cas d'élections anticipées. Même au tribunal, le vent semble tourner. A bientôt 73 ans, le patron incontesté de la droite israélienne se prépare à revenir aux affaires.

La coalition "tout sauf Bibi" en bout de course

Après douze ans de règne ininterrompu, Benyamin Netanyahou avait dû lâcher le pouvoir il y a tout juste un an. Malgré quatre élections anticipées en quatre ans, il n'était pas parvenu à rassembler les 61 députés nécessaires à la formation d'une coalition. Le parlement israélien n'a jamais été aussi à droite, mais deux anciens ténors du Likoud, Avigdor Lieberman et Gideon Saar, conduisent des listes dissidentes et refusent de soutenir Netanyahou. Naftali Bennett, lui aussi ancien collaborateur du chef du Likoud, s'allie alors avec le centriste Lapid pour former un front anti-Netanyahou des plus baroques : huit partis représentant l'ensemble du spectre électoral israélien, des pacifistes du Meretz à la droite dure de Nouvel Espoir en passant par les islamistes du parti Raam.

Contre toute attente, cet assemblage improbable accouche d'une plateforme gouvernementale crédible. Netanyahou prédit l'apocalypse, la folle dérive gauchiste. "Dans quelques jours, quand ce dangereux gouvernement se formera, nous aurons un cabinet qui n'autorisera aucune action audacieuse au-delà des lignes ennemies et à l'intérieur de l'Iran. Le gouvernement ne pourra pas agir contre les organisations terroristes à Gaza. Le gouvernement ne résistera pas à la pression américaine et il autorisera un consulat palestinien au coeur de Jérusalem, et donc remettra à l'ordre du jour la partition de Jérusalem", lance-t-il alors.

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Aucune de ces prédictions ne se réalisa, bien au contraire. A l'exception d'une série d'attentats en mars dernier, Israël connaît une accalmie sécuritaire. Les tirs de roquettes depuis Gaza ont quasiment cessé. Les services secrets multiplient les assassinats en Iran. Et tout récemment, le gouvernement a autorisé la très nationaliste marche des drapeaux à traverser les quartiers arabes de Jérusalem. L'an dernier, la même marche avait été annulée sous la pression du Hamas par un certain... Benyamin Netanyahou.

"Nous avons mené une politique de droite, mais Netanyahou est parvenu à créer une ambiance, déplore l'ex-député de Yemina, Yom Tom Kalfon. Il instrumentalise la moindre décision gouvernementale pour affirmer que la coalition est vendue aux intérêts de la gauche et des Arabes. Il communique à merveille et parvient à convaincre l'opinion. De son côté, Bennett a rechigné à communiquer sur les réussites du gouvernement. Résultat : nous n'avons jamais gagné la bataille de l'opinion."

"Tu es fini, Bennett"

Dans son entreprise de reconquête, Netanyahou n'a pas ménagé ses efforts pour débaucher les éléments les plus à droite de la coalition. Juste avant la trêve pascale, il rafle une pièce maîtresse du parti de Naftali Bennett : la députée Idit Silman. A la tête de la majorité parlementaire, la jeune femme avait pourtant défendu bec et ongles l'alliance avec le parti islamiste et les mesures les plus emblématiques du gouvernement, comme l'explosive réforme du rabbinat. "Idit, nous t'accueillons à bras ouverts", s'était réjoui Netanyahou, mesurant la valeur de cette trahison.

Car depuis la désertion de Silman, Bennett et Lapid s'efforcent de colmater les brèches, mais la coalition ne dispose plus de la majorité à la Knesset. L'aile gauche de la coalition se rebiffe aussi. La semaine dernière, le rejet d'une importante loi sur le statut des colons de Cisjordanie a provoqué une crise d'une ampleur inédite. Lundi, un député proche de Bennett lui a donné deux semaines pour faire adopter le texte, sans quoi il faisait chuter le gouvernement. "Tu es fini Bennett", répète Benyamin Netanyahou sur les réseaux sociaux. L'impitoyable animal politique savoure sa revanche.