Cette fois-ci, il n'y aura pas de bouquet de roses blanches offert aux Américains, ni de photo commune entre les joueurs avant le match. Ce mardi 29 novembre à 20 heures, l'Iran retrouve les Etats-Unis au premier tour de la Coupe du monde de football, comme il y a vingt-quatre ans à Lyon pour le Mondial 98. A l'époque, le match avait marqué un moment de détente entre les deux pays, ennemis géopolitiques farouches depuis la révolution islamique de 1979 et la prise d'otages de l'ambassade américaine. Au Qatar, ce mardi soir, l'ambiance promet d'être bien plus lourde, mais tout aussi politique.

"Cette rencontre est importante d'un point de vue symbolique et politique, mais pas dans l'opposition entre l'Iran et les Etats-Unis à proprement parler, explique Thierry Coville, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques et auteur de L'Iran, une puissance en mouvement (Eyrolles, juin 2022). La population iranienne est passée à autre chose, les slogans antiaméricains ne sont repris que par les 20 à 30% des Iraniens qui soutiennent les durs du régime. La majorité des Iraniens espèrent des relations normales avec le reste du monde, notamment avec les Etats-Unis."

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Depuis le début de cette Coupe du monde au Qatar, chaque geste des footballeurs iraniens est scruté et analysé. Leur refus de chanter l'hymne national lors du premier match, face à l'Angleterre, a provoqué un coup de tonnerre : ce geste courageux a été perçu comme un soutien évident aux manifestants qui protestent contre le régime de Téhéran depuis plus de deux mois et la mort de Mahsa Amini.

Une forte répression et des menaces

Mais depuis, les menaces et la répression sont venues obscurcir le destin des joueurs iraniens : d'anciens footballeurs ont été arrêtés pour leur soutien aux manifestations, signe qu'aucun protestataire n'est intouchable en Iran et que les sanctions pourraient tomber à leur retour au pays. Leurs familles auraient aussi fait l'objet de menaces. Résultat, les membres de la Team Melli ont chanté l'hymne national du bout des lèvres avant le match contre le Pays de Galles, vendredi dernier, sous les sifflets et les pleurs de leurs propres supporters. "Il existe un énorme attachement à l'équipe nationale en Iran, y compris chez ceux qui s'opposent au régime, souligne Thierry Coville. Deux émotions cohabitent chez les supporters : ce nationalisme gigantesque, et l'envie, pour une majorité d'entre eux, que l'équipe nationale montre son mécontentement par rapport à ce qui se passe dans leur pays."

Au-delà du politique, l'aspect sportif de ce match n'est pas à négliger : le perdant sera éliminé de la Coupe du monde au Qatar, quand le gagnant passera en huitièmes de finale. Pour les Etats-Unis, une telle performance serait une belle manière de lancer le Mondial 2026, qu'il accueillera avec le Mexique et le Canada. Pour l'Iran, une victoire provoquerait la joie de tout un peuple, dans une période sombre de sa riche histoire. En 1998, la Team Melli l'avait emporté 2 buts à 1, faisant chavirer tous les Iraniens.