Il ne veut pas témoigner à visage découvert. Cet ancien combattant de la guerre Iran-Irak de 60 ans a servi le corps des gardiens de la Révolution, les Pasdarans, pendant 30 ans, d'abord au sein de la sécurité intérieure du pays, puis comme recruteur. Il est également à la tête d'une entreprise de construction appartenant aux gardiens de la Révolution et il obtient d'énormes contrats grâce à sa position sociale élevée et aux conditions économiques privilégiées dont bénéficient les Pasdarans en Iran.
De quel milieu venez-vous ?
Modeste. Je travaillais dur dans le petit commerce de noix que mon père m'avait légué avant de mourir, quelques années avant la révolution, dans la province du Lorestan.
Comment vous êtes vous engagé dans le corps des Pasdarans et pourquoi ?
Notre pays avait besoin de nous. Il fallait protéger nos frontières, nos filles et nos femmes. Après m'être inscrit, j'ai été envoyé au front dans la province du Khouzestan et j'ai été blessé en 1983 dans la ville de Dezful, lors de l'opération Fathol Mobin ("victoire manifeste", en persan). Ce fut une grande victoire qui nous a permis de repousser les forces ennemies irakiennes hors de notre province du Khouzestan. J'ai reçu des éclats de bombe partout dans le corps, mais j'ai survécu. Après cela, les Gardiens m'ont engagé. Ma position était très respectée parmi la population. Les gardiens de la révolution ne sont pas comme les autres fonctionnaires de ce pays, ce n'est pas une fonction que l'on quitte facilement pour prendre sa retraite.
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Que faut-il pour réussir au sein de ce corps d'élite ?
Nous respectons tout le monde, tout le monde peut intégrer le corps des Pasdarans. Nul besoin d'être issu des beaux quartiers de Téhéran, les candidats peuvent venir de n'importe où et de n'importe quel milieu social. Nous sommes aux côtés du peuple, notre priorité reste de le servir. Si vous êtes un travailleur acharné, si vous cultivez l'honnêteté, l'honneur, la dévotion et le patriotisme, vous pourrez réussir. Mais n'oubliez pas que chez les Gardiens, les individus sont classés en fonction de leur adhésion à l'Islam et aux valeurs de la république islamique.
Les Pasdarans sont très décriés à l'étranger comme en Iran...
Les Pasdarans se soucient du bien-être du peuple, nous sommes leur frère. Avez-vous vu l'unité nationale après à la mort de Soleimani ? Cela montre bien que les Iraniens approuvent les Pasdarans. Bien sûr, nous ne sommes pas parfaits. Dans ce pays, il y a des gens qui ne nous aiment pas, mais ils savent que notre rôle premier est de les protéger. C'est pourquoi vous voyez ces millions d'Iraniens dans les rues. Nous sommes le peuple et le peuple est Pasdaran.
Certains chercheurs avancent l'idée qu'il existerait des cours d'idéologie très poussés au sein de l'académie des Pasdarans ou de l'Université Imam Hossein, où sont formés les cadres des Gardiens...
Notre système ne lave pas le cerveau. Simplement, si vous n'y croyez pas, vous n'en ferez pas partie. Vous ne pouvez pas vous engager chez les Pasdaran sans motivation. Si vous êtes religieux, que vous croyez dans les valeurs portées par l'islam, que vous êtes fier d'être iranien et que vous voulez protéger votre pays contre toutes les menaces, alors pourquoi pas ? Pour les postes importants, nous recrutons des individus provenant de nos forces Basij (volontaires). Dans chaque école et mosquée, il y a un bureau où vous pouvez signer pour devenir membre. Si, demain, la guerre éclate, nous protégerons le peuple iranien. Le djihad n'est pas seulement sur le champ de bataille. C'est un djihad au quotidien d'être un Gardien.
Que pensez-vous de la récente nomination d'Esmaïl Ghaani ?
Si Esmaïl Ghaani est aujourd'hui dans cette position, c'est pour ce qu'il a fait pour son pays. Il a des valeurs qui ont été remarquées chez nous. Personne n'obtient de telle position chez les Gardiens, car on ne promeut jamais personne au hasard. Nous avons pu nous maintenir au pouvoir et gouverner alors que nous avions de nombreux ennemis (les États-Unis et les pays du Golfe, ndlr). Esmaïl Ghaani a contribué à notre succès. C'est logique qu'il soit récompensé.
