La cité antique de Palmyre, en Syrie, est finalement tombée aux mains des djihadistes de l'organisation Etat islamique (EI). Une seconde victoire en quelques jours sur un site stratégique, après celle de Ramadi en Irak dimanche. Neuf mois après que la coalition menée par les Etats-Unis a commencé les frappes aériennes contre Daech, le groupe fait preuve d'une grande résilience et met en doute l'efficacité de cette stratégie.
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Forts de la reconquête de Tikrit en Irak le mois dernier et de la mort du "ministre du pétrole" de l'EI Abou Sayyaf lors d'un raid en Syrie ce week-end, qualifié de "claque" par le ministre américain à la Défense Ashton Carter, les Etats-Unis ont d'abord estimé dimanche que Ramadi serait rapidement reprise.
Mercredi, Washington a finalement admis qu'il s'agit d'un "revers", que la chute de Palmyre sur un autre front vient aujourd'hui appuyer, en plus de pointer une faiblesse des forces loyales au président Bachar el-Assad. L'échec de l'armée irakienne à défendre cette capitale de province fait écho à la chute de Mossoul, l'an dernier, et éloigne une tentative de reprise de cette ville, d'abord promise pour ce mois de mai avant d'être reportée sine die.
Un ancrage de l'EI sur le terrain
Concrètement, sur le terrain, deux routes terrestres à cheval entre l'Irak et la Syrie, où Daech tente d'instaurer son Etat, sont désormais ouvertes pour les djihadistes. Ces derniers contrôlent également une grande partie de la province sunnite d'Al-Anbar, la plus étendue d'Irak, aux frontières jordanienne, saoudienne et syrienne.
En Syrie, leurs positions sont toujours solides de la frontière jusqu'à Raqqa, mais aussi dans la région d'Alep. Plus tôt dans l'année, l'EI s'est certes vu infliger une défaite à Kobané et a été chassé de la cité d'Alep, mais a pris les champs gaziers d'Arak et Al-Hel. Autant d'avancées qui montrent que les capacités militaires de l'EI ne semblent guère dégradées par l'intervention aérienne.
Par ailleurs, selon une étude relayée par le New York Times, les frappes ont eu un impact très limité sur les finances de Daech. L'organisation gagne plus d'un million de dollars par jour en diverses taxes. A cela s'ajoutent les pillages, les rançons ou encore le pétrole. L'EI est par ailleurs une organisation peu dépensière, note le journal américain, qui investit essentiellement dans la rémunération de ses troupes.
Tensions confessionnelles en Irak
Pour y faire face et tenter de reprendre Ramadi, l'Irak a envoyé quelque 3000 combattants de milices chiites en renfort, avant que Daech ne renforce ses positions autour de la ville. Ce sont déjà elles qui avaient permis de reprendre Tikrit. Mais le Premier ministre irakien al-Abadi, qui avait pourtant fait de la reconquête de la province sunnite d'Al-Anbar une de ses promesses, n'avait pas souhaité y faire appel plus tôt, en raison des tensions communautaires qui persistent dans le pays.
Le pouvoir chiite en Irak ne mise pas, au contraire, sur les forces supplétives sunnites du pays qui pourraient constituer une réserve d'hommes. Lors de l'intervention américaine de 2006, ces milices avaient appuyé les troupes au sol avant d'être laissées à l'abandon. Washington a désormais prévu d'accélérer leur formation, dans l'espoir de reprendre Ramadi. Mais sans apaisement confessionnel préalable, cette stratégie pourrait s'avérer explosive.
Vers un changement de stratégie?
Cette formation ne constitue pas pour autant un "changement formel de stratégie" de la coalition, a indiqué le Conseil de sécurité nationale (NSC) mardi soir. Comprendre, pas d'intervention américaine au sol, le président Barack Obama y étant très réticent.
Mais les récents événements contraindront peut-être Washington à revoir sa stratégie en Irak : mercredi, un très haut responsable américain, impliqué dans la stratégie de la coalition militaire, a reconnu qu'il "serait fou de ne pas tenir compte de quelque chose comme cela et de ne pas se demander ce qui a déraillé et comment le réparer." Le 2 juin prochain, les membres de la coalition doivent se retrouver à Paris pour débattre de leur stratégie. Les intérêts régionaux devraient être difficiles à concilier: par exemple, l'intervention au sol sera au coeur de la discussion. L'aide de l'Iran chiite devrait être indispensable, mais il y a fort à parier que son principal adversaire, l'Arabie Saoudite, s'y opposera.