Les grands entretiens accordés à L'Express par Mikhaïl Gorbatchev, ultime président de l'URSS, Garry Kasparov, grand maitre des échecs et opposant politique déclaré à Vladimir Poutine et Vladimir Fédorovski, ancien diplomate et écrivain d'origine russo-ukrainienne apportent un témoignage fort sur le maître du Kremlin.

Mikhaïl Gorbatchev : "La société russe va résister"

Le dernier président soviétique Mikhaïl Gorbatchev craint que la course à l'armement ne mène à une Troisième guerre mondiale.

Le dernier président soviétique Mikhaïl Gorbatchev.

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Dans un entretien accordé à L'Express le 14 décembre 2011, l'ancien dirigeant de l'URSS partage ses vues sur Vladimir Poutine, les oligarques, la corruption et les atteintes aux droits de l'homme dans son pays.

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"Au cours de son premier mandat, Poutine a accumulé des succès politiques : il a préservé l'unité de la Russie et donné de l'oxygène au peuple. Par conséquent, on ne peut pas dire que c'est un politique sans avenir. Mais, dans les six prochaines années, le pays doit se démocratiser et se moderniser ; si Poutine n'arrive pas à la conduire sur cette voie, les problèmes seront tels qu'on ne pourra plus les résoudre paisiblement. On verra s'il est capable de changer ses méthodes, d'assimiler les leçons du passé récent."

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Garry Kasparov : "Le conflit est le seul moyen pour Poutine de rester"

3367 En calant la sortie de son livre "Winter is coming" sur le calendrier des primaires américaines, l’ancien champion d’échecs Garry Kasparov souhaite interpeller les candidats sur la question russe, à un moment où leur superpuissance se tourne à nouveau vers l’isolationnisme.

Ex Chess World Champion Garry Kasparov poses for a portrait at the offices of White & Case in Midtown Manhattan, Jan 05, 2016 - New York, New York, United States:   (Natan Dvir / Polaris Images)

Garry Kasparov le 5 janvier 2016 à New York. (Natan Dvir / Polaris Images)

© / Natan Dvir/Polaris Images pour L’Express

Retiré de la compétition en 2005, le grand maître des échecs, Garry Kasparov s'est aussitôt engagé dans l'opposition à Vladimir Poutine.

Dans un entretien publié le 15 novembre 2007 alors qu'il est le chef de file du mouvement politique L'Autre Russie, le grand stratège de l'échiquier place le chef du Kremlin au coeur du système de corruption qui gangrène la Russie.

"S'interroger sur le fait que Vladimir Poutine soit ou non corrompu revient à demander si Staline savait pour la terreur, les exécutions, le goulag... Celui qui est à la tête de la pyramide est responsable de ce qui se passe de haut en bas. Et Poutine siège au sommet de la corruption."

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En janvier 2016, Garry Kasparov reçoit L'Express pour régler son compte à Vladimir Poutine, cible de son livre, Winter is coming, dans lequel l'ancien joueur d'échecs n'épargne pas non plus les dirigeants occidentaux, coupables à ses yeux de capitulation devant Moscou.

Philippe Coste, correspondant du journal aux Etats-Unis où Garry Kasparov vit en exil depuis 2013, interroge le stratège de l'échiquier sur la comparaison qu'il établit dans son livre entre Poutine et Hitler.

"Je ne compare pas leurs méfaits, bien sûr, mais l'essor de leurs pouvoirs. Je dénonce l'incapacité des démocraties occidentales à lire les signaux qu'envoyait Poutine il y a déjà quinze ans ; à simplement l'écouter quand il raconte que la disparition de l'Union soviétique est la pire tragédie du XXe siècle ou qu''on ne cesse jamais d'être un agent du KGB".

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Vladimir Fédorovski : "Poutine se voit sur la même ligne que les tsars et Staline"

L'écrivain Vladimir Fédorovski, ici, à Paris en décembre 2009, décrypte l'ambivalence de l'âme russe.

L'écrivain Vladimir Fédorovski, à Paris, en décembre 2009.

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En avril avril 2014, Vladimir Fédorovski ancien diplomate et écrivain analyse les ressorts psychologiques du maître du Kremlin.

"Vladimir Poutine est complètement en phase avec ce sentiment dominant : il pense que l'absence de culpabilité est un facteur très positif pour un peuple et que le fait de se situer dans l'histoire longue, comme l'a fait Staline pour faire oublier ses erreurs et ses crimes, est un gage de longévité au pouvoir. Quitte à procéder à une construction très bizarre : Poutine inscrit sur une même ligne les tsars, Staline et lui-même, tous au service illuminé du personnage, car il se considère choisi par la Providence. C'est pourquoi il conçoit la Russie comme un monde à part - ni Europe ni Asie, ou les deux à la fois - et il entretient savamment le mythe auquel il a fini par croire. Quand Angela Merkel voit Poutine "dans un autre monde", elle n'a pas tort, mais cela n'inquiète pas du tout l'intéressé - tout au contraire."

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