Le mystère reste entier. Alors qu'un rapport classé top secret concernant l'origine de la pandémie de Covid-19 a été remis cette semaine au président américain Joe Biden, les informations réunies par les différents experts ne permettent toujours pas de trancher sur la source du virus. Alors que le locataire de la Maison-Blanche avait donné 90 jours aux services de renseignement américains pour "redoubler d'efforts" sur le sujet, ces derniers ont fait chou blanc. Les États-Unis accusent notamment la Chine de dissimuler des "informations cruciales" sur la question, empêchant les enquêteurs de mener à bien leur travail.

Les États-Unis accusent la Chine d'un manque de transparence

"Des informations cruciales sur les origines de la pandémie existent en Chine, et pourtant depuis le début, des responsables gouvernementaux en Chine oeuvrent pour empêcher les enquêteurs internationaux et les acteurs mondiaux de la santé publique d'y accéder", a accusé Joe Biden dans un communiqué publié vendredi soir.

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Après des mois d'enquête, le président américain voit rouge. "À ce jour, la Chine continue de rejeter les appels à la transparence et de cacher des informations, alors même que le bilan de cette pandémie continue de grimper", blâme-t-il. "Nos efforts pour comprendre l'origine de cette pandémie ne faibliront pas", a-t-il ajouté.

Face à ces accusations, le gouvernement chinois n'a pas tardé à réagir. "Le rapport de la communauté du renseignement américain montre que les États-Unis sont déterminés à emprunter la mauvaise voie de la manipulation politique", a indiqué l'ambassade de Chine aux États-Unis dans un communiqué, publié vendredi. "Le rapport de la communauté du renseignement se fonde sur une présomption de culpabilité de la part de la Chine, et seulement pour faire de la Chine un bouc émissaire".

Le Covid-19 "probablement pas" conçu "génétiquement"

Selon le résumé des renseignements américains, rendu public vendredi 27 août, le SARS-CoV-2 - nom scientifique du virus - n'a en tout cas pas été développé "comme arme biologique", et n'a "probablement" pas été conçu "génétiquement". Mais les experts restent divisés entre l'hypothèse d'un premier cas causé par une exposition naturelle à un animal infecté, ou bien ayant résulté d'un accident de laboratoire.

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Dans le détail, quatre agences de renseignement et le Conseil national du renseignement estiment avec "un bas degré de confiance" que la thèse animale est la plus "probable". Ils s'appuient notamment, pour justifier leur verdict, sur "les nombreux vecteurs pour une exposition animale" existants, ainsi que sur l'ignorance par la Chine de l'existence du virus avant son apparition.

Les responsables chinois n'avaient pas connaissance du virus avant son apparition

Le rapport précise que "la communauté du renseignement des États-Unis juge que les responsables chinois n'avaient pas connaissance en amont du virus avant le début de l'épidémie". Toutefois, une autre agence de renseignement estime avec "un niveau de confiance modéré" que la thèse d'une fuite de laboratoire est à privilégier, "probablement" via "des expérimentations, la manipulation d'animaux, ou des prélèvements par l'Institut de virologie de Wuhan".

Ici, les experts donnent plus "de poids" au "risque inhérent" des recherches sur les coronavirus, qui étaient en effet conduites à Wuhan. L'hypothèse serait que ces travaux aient pu conduire à l'infection accidentelle d'un employé.

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Enfin, "des analystes de trois agences" ne se prononcent pas entre l'une ou l'autre des hypothèses. Les services de renseignement s'estiment "incapables de prodiguer une explication plus définitive" à l'origine du Covid-19 sans "de nouvelles informations" fournies par la Chine, écrivent-ils.

La thèse de l'origine animale du virus revient en force

En janvier 2021, une équipe d'experts internationaux envoyés par l'OMS s'était rendue à Wuhan pour une étude "de première phase" sur l'origine du virus. Mais leur rapport, rédigé en collaboration avec des spécialistes chinois, avait été très critiqué. L'étude estimait que le passage du virus de la chauve-souris à l'homme via un animal intermédiaire était le scénario le plus probable. Elle jugeait "extrêmement improbable" que le virus provienne d'un laboratoire.

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Mais le fameux animal intermédiaire restant introuvable, cette thèse était revenue en force dans le débat public américain au printemps. Mi-mai, une quinzaine d'experts avaient publié une tribune dans la prestigieuse revue Science appelant à la considérer sérieusement. La communauté scientifique semble toutefois peu à peu de nouveau faire machine arrière. La semaine dernière, dans cette même revue, six scientifiques ont publié un article au titre parlant : "l'origine animale du SARS-CoV-2".

Et dans une autre publication scientifique, Cell, 21 éminents chercheurs concluaient : "Il n'existe actuellement aucune preuve que le SARS-CoV-2 tire son origine d'un laboratoire". Quoi qu'il en soit, la Chine reste frileuse à l'idée de laisser entrer de nouveaux experts sur son territoire : mi-août, le gouvernement a rejeté l'appel de l'OMS à une seconde enquête dans le pays.