"Sur notre frontière, l'Europe n'était pas seulement une promesse, c'était une réalité vécue", écrivait Jean Rottner, président du conseil régional du Grand Est, dans une tribune publiée par Le Républicain lorrain il y a quelques jours. "C'était"...
Entre la France et l'Allemagne, on ne passe plus depuis le 16 mars. Depuis que les Allemands, inquiets des ravages du Covid-19 en Alsace, ont choisi d'interdire leur territoire à leurs voisins, fermant la porte aux dizaines de milliers de frontaliers qui vivent un pied ici, un pied là-bas. Envolée, la sacro-sainte coopération. Oubliée, la solidarité transfrontalière - des Français ont été la cible d'insultes et de vexations outre-Rhin.
Entre Strasbourg et Kehl, les barrières et les uniformes ferment désormais le pont de l'Europe. Cruel symbole. "Est-ce la fin abrupte de notre projet européen, ici dans cette région pivot au coeur de l'Europe ? Est-ce la renaissance de ces esprits nationalistes que nous avions depuis longtemps déclarés morts ?", s'inquiète Jean Rottner.
Une relation particulière scellée par le traité de l'Elysée de 1963
Certes, les hôpitaux allemands ont offert leurs lits de réanimation à quelque 150 malades français. C'est un geste généreux, mais ce n'est que cela. Certes, les relations étroites entre responsables politiques des deux côtés du Rhin ont permis d'aplanir les difficultés, mais cela ne suffit pas. Il faut rouvrir la frontière, comme l'exige une pétition lancée voilà quelques jours par les étudiants d'un master franco-allemand, "préoccupés par les dommages durables que [la fermeture] pourrait causer à l'amitié franco-allemande".
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Cette relation particulière, scellée par le traité de l'Elysée de 1963, a permis de conjurer le spectre de la guerre et de nourrir le projet de construction européenne. Cinquante-six ans plus tard, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont assigné à leurs pays respectifs de nouvelles ambitions. Le traité d'Aix-la-Chapelle, qu'ils ont paraphé le 22 janvier 2019, ne vise plus seulement à la coopération, mais aussi à "l'intégration franco-allemande". C'est le moment de donner un sens à ces mots.
