Un ingénieur originaire du Mississippi, un ancien agent immobilier californien, un cadre commercial de Floride, une infirmière, un médecin, et même un vétéran de l'armée américaine "ayant survécu à deux déploiements en Irak"... Tous ces citoyens américains sont décédés après des arrestations violentes ou des gardes à vue par la police, indique le New York Times, dans une vaste enquête publiée ce lundi. Et tous sont morts dans les mêmes circonstances que George Floyd, cet afro-américain de 46 ans décédé le 25 mai dernier sous le genou d'un policier blanc, à Minneapolis.
"J'étouffe", ont-ils tous prononcé avant de mourir, à l'image de George Floyd ou d'Eric Garner, dont le décès en 2014 lors de son arrestation par la police de New York avait déclenché une vague de protestation. "Si la mort de ces deux hommes a choqué le pays tout entier, des dizaines d'autres cas sont passés inaperçus", souligne le New York Times. Au cours de la dernière décennie, les enquêteurs du quotidien américain ont ainsi constaté qu'au moins 70 personnes sont mortes en détention après avoir prononcé les mêmes mots : "Je ne peux pas respirer".
LIRE AUSSI >> VIDEOS. Ces émeutes raciales qui ont marqué les Etats-Unis depuis la fin de la ségrégation
"L'âge des morts variait de 19 à 65 ans. La majorité d'entre eux avaient été arrêtés ou détenus pour des infractions non violentes, des appels au 911 concernant un comportement suspect, ou des inquiétudes concernant leur santé mentale", indique le journal. "Plus de la moitié d'entre eux étaient noirs."
"Schéma de tactiques agressives"
Via l'analyse de dizaines de vidéos, documents judiciaires, autopsies et rapports de police, le New York Times met en lumière "un schéma de tactiques agressives" menées par les forces de l'ordre américaines, "qui ignorent les précautions de sécurité en vigueur tout en adoptant des données scientifiques douteuses, qui suggèrent que les personnes qui plaident pour l'air n'ont pas besoin d'une intervention urgente", souligne les auteurs de l'article.
LIRE AUSSI >> Pliage, plaquage ventral... Quelles sont les techniques d'interpellation controversées ?
Dans de nombreux cas rapportés par le quotidien, les agents ont retenu les suspects par le cou, les ont attachés, ou on fait usage de leurs tasers à plusieurs reprises. Certains d'entre eux ont également couvert la tête des victimes avec des cagoules "en filet" conçues pour les empêcher de "cracher ou de mordre". Le plus souvent, les agents les poussaient face contre terre et les maintenaient en position couchée avec le poids de leur corps - comme dans l'affaire George Floyd ou Eric Garner.
Protestations "ignorées ou écartées"
Selon le New York Times, ces cas n'impliquaient pas toujours de contraintes policières : certains décès sont ainsi survenus après que les protestations des détenus qui ne pouvaient pas respirer - peut-être en raison d'un problème médical ou d'une intoxication à la drogue - ont été ignorées ou écartées. "Certaines personnes ont plaidé pendant des heures pour obtenir de l'aide avant de mourir", commentent ainsi les journalistes.
LIRE AUSSI >> 8 minutes 46 de silence : les images fortes de la cérémonie d'hommage à George Floyd
"Dans près de la moitié des cas examinés [...], les personnes qui sont mortes après avoir été attachées étaient déjà en danger à cause d'une intoxication à la drogue. D'autres avaient un épisode de santé mentale ou des problèmes médicaux tels qu'une pneumonie ou une insuffisance cardiaque, et certains d'entre eux représentaient un défi important pour les officiers, fuyant ou se battant", est-il précisé.
