Forces arméniennes séparatistes du Nagorny Karabakh (ou Haut-Karabakh) et armée azerbaïdjanaise s'accusaient mutuellement dimanche de bombarder des zones civiles, faisant des victimes, au deuxième jour dimanche d'une trêve humanitaire qui ne s'est toujours pas installée. Le dirigeant arménien du territoire séparatiste du Nagorny Karabakh a estimé ce dimanche que la situation était "plus calme" que la veille sur le front opposant ses forces à celles de l'Azerbaïdjan.

Quelles attaques ont été recensées depuis la trêve ?

L'Azerbaïdjan a fait état de sept civils tués et 33 blessés dans le bombardement nocturne de la deuxième ville du pays, Gandja, à une soixantaine de kilomètres du front et qui avait déjà été visée à plusieurs reprises depuis une semaine. Le bureau du procureur général a indiqué que c'est un immeuble d'appartements qui a été touché, dénonçant une attaque "délibérée contre la population civile".

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Le ministère de la Défense des séparatistes arméniens du Nagorny Karabakh a démenti lui avoir bombardé Gandja : "c'est un mensonge absolu". Il assure "respecter l'accord de cessez-le-feu humanitaire" négocié à Moscou vendredi et censé être en vigueur depuis samedi 12 heures.

Les séparatistes ont de leur côté indiqué dimanche que l'armée azerbaïdjanaise avait frappé dans la nuit "Stepanakert, Hadrout, Martouni et d'autres zones peuplées". La présidence séparatiste a dénoncé "un manque de respect total de l'accord de Moscou" et "une agression contre la population civile". La capitale de la région du Nagorny Karabakh, Stepanakert, a en effet été la cible de frappes pendant la nuit de samedi à dimanche, selon des journalistes de l'AFP sur place qui ont compté trois à quatre vagues de bombardements, suivies d'une dizaine d'explosions à chaque fois.

Samedi déjà, les belligérants s'accusaient de violer le cessez-le-feu.

Que dit l'accord de Moscou ?

La trêve humanitaire négociée pendant plus de dix heures en Russie par les ministres arménien et azerbaïdjanais des Affaires étrangères, sous l'égide de la diplomatie russe, doit permettre l'échange de corps de soldats et de prisonniers.

Cette trêve négociée à Moscou l'a été après de multiples appels de la communauté internationale, notamment du médiateur du conflit, le Groupe de Minsk, qui est co-présidé par la Russie, la France et les Etats-Unis. L'Azerbaïdjan, fort du soutien de la Turquie, a prévenu que ses opérations militaires ne cesseront définitivement qu'en cas de retrait arménien du Nagorny Karabakh.

Pourquoi cette trêve n'est que temporaire ?

Selon un haut responsable azerbaïdjanais, le calme n'était que "temporaire" : "c'est un cessez-le-feu humanitaire pour échanger les corps et les prisonniers, ce n'est pas un (véritable) cessez-le-feu", a-t-il indiqué, affirmant que Bakou n'avait "pas l'intention de reculer".

A l'annonce de la trêve, le ministre russe Sergueï Lavrov avait affirmé que les deux camps s'étaient engagés "à des négociations substantielles pour parvenir rapidement à un règlement pacifique" du conflit, avec la médiation des trois co-présidents (France, Russie, Etats-Unis) du groupe de Minsk de l'OSCE. Ces négociations devront "reprendre sans préconditions", a insisté la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Agnès von der Mühll.

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Samedi, Vladimir Poutine s'est entretenu avec le président iranien Hassan Rouhani des efforts de médiation russes, selon le Kremlin. Le cessez-le-feu est "un premier pas important mais ne remplacera pas une solution permanente", a de son côté indiqué la diplomatie turque, premier soutien de Bakou.

Qu'en disent les habitants ?

Parmi les habitants, peu croient aux chances d'une trêve durable. "On connaît les Azéris, on ne peut pas leur faire confiance. Ils peuvent retourner leur veste en un clin d'oeil. Ce cessez-le-feu ne durera pas. C'est un stratagème pour gagner du temps", estimait Levon, un des rares taxis circulant dans la capitale séparatiste.

"J'ai vécu près de vingt ans en Azerbaïdjan, ces gens nous haïssent. Nous ne croyons pas à un cessez-le-feu, ils veulent juste gagner du temps", renchérissait Vladimir Barseghian, 64 ans, retraité et volontaire mobilisé dans un atelier d'uniformes.

Beaucoup en Azerbaïdjan se disaient même opposés à cette trêve. A Bakou, Sitara Mamedova, une étudiante de vingt ans, est "déçue": "Non au cessez-le-feu! L'ennemi doit quitter nos terres ou être exterminé sur nos terres". A Barda, à 40 kilomètres du front, Mourat Assadov est d'accord: "Nous devons continuer la guerre et reprendre nos terres".