Alors que les offensives russes se poursuivent, notamment à l'est de l'Ukraine, les forces ukrainiennes n'hésitent plus à contre-attaquer, jusqu'à viser les territoires occupés par la Russie. Une attaque de drone a été déjouée en Crimée ce samedi, 179e jour de la guerre. D'autres ont atteint leur cible ces dernières semaines. Stimulée par les armes américaines, l'Ukraine grappille de précieuses victoires, mais s'inquiète des frappes russes près de ses centrales nucléaires. L'une d'entre elles aurait été visée samedi. L'ONU, qui multiplie les appels à sanctuariser ces sites, se tourne désormais vers les exportations russes de produits agricoles. Selon l'organisation, il y a urgence à laisser passer les engrais russes, essentiels aux prochaines récoltes.

Une attaque au drone en Crimée

Une attaque au drone a visé samedi l'état-major de la Flotte russe de la mer Noire à Sébastopol, sans faire de blessés, a indiqué le gouverneur de cette ville de la péninsule annexée de Crimée, Mikhaïl Razvojaïev. "Le drone a été abattu juste au-dessus de l'état-major de la Flotte, il est tombé sur le toit et a pris feu", a-t-il écrit sur Telegram, avant de rejeter la responsabilité de l'attaque sur les forces ukrainiennes.

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Il s'agit de la deuxième attaque au drone contre l'état-major de la Flotte russe de la mer Noire en moins d'un mois. Le 31 juillet, un drone s'était posé dans la cour du bâtiment, faisant cinq blessés parmi ses employés et provoquant l'annulation de toutes les festivités prévues à l'occasion de la Journée de la Flotte russe célébrée le même jour. Cette nouvelle attaque intervient alors que des explosions et des attaques visant des infrastructures militaires russes se multiplient en Crimée, et que les États-Unis fournissent désormais des armes pouvant atteindre les systèmes de défense russes sur leur territoire national.

Des blessés près d'une centrale nucléaire du sud de l'Ukraine

Le spectre de la catastrophe, à nouveau. Douze Ukrainiens ont été blessés samedi dans un bombardement russe à Voznesensk, ville située non loin d'une centrale nucléaire dans le sud du pays, ont indiqué les autorités ukrainiennes. Elles accusent à nouveau Moscou de "terrorisme nucléaire", alors qu'une visite de la centrale de Zaporijia par l'AIEA doit être planifiée pour vérifier que les tirs sur cette autre installation, la plus grande d'Europe, ne l'ont pas trop affecté.

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Cette frappe dans une zone de 30 kilomètres autour de la centrale "est un nouvel acte cynique de terrorisme nucléaire de la Russie", a accusé sur Telegram l'opérateur des centrales nucléaires ukrainiennes, Energoatom. "Il n'est pas exclu que ce missile ait été tiré dans la direction de la centrale de Pivdennooukraïnsk, que les militaires russes ont déjà tenté de s'emparer début mars", a accusé Energoatom.

La frappe a touché un immeuble résidentiel et plusieurs maisons à Voznesensk, où vivent une trentaine de milliers de personnes, a précisé sur Facebook le service d'Etat pour les situations d'urgence publiant des images d'un bâtiment éventré. La région de Mikolaïv, qui subit régulièrement de violents bombardements russes, est voisine de celle de Kherson, presque entièrement occupée par les troupes russes depuis le lancement fin février par Moscou d'une attaque sur l'Ukraine.

Attentat contre l'idéologue russe Alexandre Douguine

Un attentat présumé près de Moscou a tué la fille de l'idéologue ultranationaliste Alexandre Douguine, samedi. Darya Douguine est morte dans l'explosion du Toyota Land Cruiser dans lequel elle circulait, a indiqué la police de Moscou dans un communiqué. Des images publiées sur les réseaux sociaux montrent Alexandre Douguine, son père, sous le choc, devant l'habitacle défoncé, entouré de fragments de carrosserie. Selon les enquêteurs russes, un engin explosif a été placé dans le véhicule, et tout porte à croire que "le crime a été planifié à l'avance et commandité".

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Chantre d'une pensée antilibérale, antioccidentale et antimodernité, le philosophe a en partie façonné la matrice idéologique et la Weltanschauung ("vision du monde") des militaires russes, de l'élite politique moscovite et indirectement influencé Vladimir Poutine lui-même. Promoteur de la doctrine "eurasiste", une sorte d'alliance entre l'Europe et l'Asie sous direction russe, Alexandre Douguine, adulé par une partie de l'extrême droite française, est visé depuis 2014 par les sanctions de l'Union européenne prises dans la foulée de l'annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée par la Russie.

L'ONU appelle à laisser l'export d'engrais et produits agricoles russe

Pas de céréales sans engrais. En juillet dernier, l'Ukraine et la Russie ont accepté d'épargner leurs cargaisons de blé et de matériel agricole transitant en mer Noire, afin de garantir les exportations et ainsi de calmer la crise alimentaire mondiale. Selon l'ONU, les produits russes peinent toujours à arriver à destination, au risque de nuire aux futures récoltes. "Sans engrais en 2022, il n'y aura peut-être pas assez de nourriture en 2023. Faire sortir plus de nourriture et d'engrais d'Ukraine et de Russie est essentiel pour apaiser les marchés (...) et faire baisser les prix pour les consommateurs", a défendu, samedi à Istanbul, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres.

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Ces produits agricoles doivent pouvoir accéder aux marchés mondiaux "sans entrave", au risque d'une crise alimentaire mondiale dès l'an prochain. "Il est important que les gouvernements et le secteur privé coopèrent pour les faire parvenir sur le marché", a-t-il déclaré depuis le Centre de coordination conjointe (CCC), qui supervise l'application de l'accord sur l'exportation des céréales ukrainiennes signé en juillet par Kiev et Moscou sous l'égide de l'ONU et de la Turquie.

En parallèle, le secrétaire général de l'ONU a promis, jeudi, que son organisation allait s'efforcer "d'intensifier" les exportations de céréales ukrainiennes avant l'arrivée de l'hiver, celles-ci étant cruciales pour l'approvisionnement alimentaire de nombreux pays d'Afrique. En vertu de l'accord signé en juillet, 650 000 tonnes de céréales et de produits agricoles ukrainiens ont quitté les ports ukrainiens d'Odessa, Tchornomorsk et Pivdenny depuis le 1er août.