Alors que les combats se poursuivent dans l'Est ukrainien, convoité par Moscou, la bataille fait rage autour du gaz russe. Si Gazprom a annoncé que le gazoduc Nord Stream serait "complètement" arrêté jusqu'à la réparation d'une turbine, sans préciser de délai, l'UE est dite prête à résister à une coupure totale des livraisons du géant gazier russe.
A Zaporijia, la situation est toujours aussi volatile et inquiétante. La centrale nucléaire a "de nouveau perdu la connexion" au réseau électrique externe, a prévenu samedi 3 septembre l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Si le site continue à fonctionner "grâce à une ligne de secours", un des réacteurs - le numéro 5 - a toutefois dû être mis à l'arrêt.
L'Europe est prête à se passer de gaz
Le commissaire européen à l'Economie Paolo Gentiloni a assuré, samedi 3 septembre, que l'Union européenne était "bien préparée" en cas d'arrêt total des livraisons de gaz russe grâce au stockage et aux mesures d'économie d'énergie. "Nous n'avons pas peur des décisions de Poutine, nous demandons aux Russes de respecter les contrats, mais s'ils ne le font pas, nous sommes prêts à réagir", a-t-il déclaré devant la presse dans le cadre du forum économique organisé par The European House - Ambrosetti à Cernobbio, sur le lac du Côme, en Italie.
Le géant russe Gazprom avait annoncé la veille que le gazoduc Nord Stream, reliant la Russie au nord de l'Allemagne serait "complètement" arrêté jusqu'à la réparation d'une turbine, sans préciser de délai, après avoir dans un premier temps affirmé que le conduit serait à nouveau opérationnel en trois jours. Si la Russie prétexte une panne, il s'agirait surtout, aux yeux de l'Occident, d'une réponse aux déclarations du G7 visant à forcer la Russie à vendre du pétrole à très bas prix.
Dans l'Union européenne, "le stockage de gaz est actuellement à environ 80%, grâce à la diversification des fournitures", même si la situation diverge d'un pays à l'autre, a indiqué Paolo Gentiloni. "Le stockage de gaz dépasse aujourd'hui les 90% (en France). Nous tiendrons notre objectif d'un remplissage des stocks à 100% et nous avons accéléré la diversification des approvisionnements", s'est enquis le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, à l'AFP.
La centrale de Zaporijia de nouveau déconnectée
La centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia, occupée par les forces russes, a "de nouveau perdu la connexion" au réseau électrique externe, a annoncé samedi, dans un communiqué, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), dont des experts se trouvent sur place. La dernière ligne encore en fonctionnement "a été endommagée", a expliqué l'AIEA, rappelant que les trois autres avaient été "perdues précédemment pendant le conflit". Cet incident est survenu "après de nouveaux bombardements dans la zone", selon les informations fournies par les autorités ukrainiennes à l'instance onusienne.
Le site continue à fonctionner "grâce à une ligne de secours", a précisé l'AIEA. Mais "du fait d'une capacité insuffisante pour deux réacteurs, le réacteur numéro 5 a été arrêté", a indiqué l'opérateur ukrainien EnergoAtom dans un communiqué sur Telegram, blâmant les frappes des forces russes.
Les troupes russes, de plus en plus indisciplinées ?
Selon un communiqué du renseignement britannique, à la fatigue et aux pertes que subissent les troupes russes s'ajouteraient des problèmes d'ordre moral et disciplinaire. Principal objet de frustration : la question des salaires. Les revenus des soldats russes reposent sur de nombreuses primes, qui n'auraient pas toutes été versées. Le ministère de Britannique de l'Intérieur estime que des dysfonctionnements dans la "bureaucratie militaire russe" et la corruption pourraient expliquer ces manquements. Une déclaration qui doit être prise avec précaution, le renseignement britannique n'étant pas un organisme indépendant.
Une médiation turque sur la centrale de Zaporijia ?
De nouveau une médiation turque ? Lors d'un entretien téléphonique, le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré à son homologue russe Vladimir Poutine "que la Turquie peut jouer un rôle de facilitation sur la centrale nucléaire de Zaporijia, comme elle l'a fait pour l'accord sur les céréales" en juillet, a indiqué la présidence turque dans un communiqué.
Le Kremlin a confirmé une discussion entre Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan, indiquant qu'ils avaient confirmé vouloir "accroître leurs liens économiques et commerciaux", via "des projets stratégiques communs dans le domaine de l'énergie". La Turquie veut présenter une proposition prévoyant, comme elle l'avait fait pour l'accord sur les céréales, la création à Istanbul d'un bureau dédié au dialogue entre des organisations internationales, la Russie et l'Ukraine, pour trouver un point d'entente sur la question du contrôle technique et des inspections de la centrale.
Les frappes se poursuivent dans l'est de l'Ukraine
Les frappes et les combats se sont également poursuivis ailleurs en Ukraine. Dans le Donbass (est), convoité par Moscou et principale ligne de front, "l'armée russe attaque dans les directions de Bakhmout et Avdiïvka", a indiqué l'armée ukrainienne dans un communiqué, samedi, faisant aussi état de "cinq frappes" de l'aviation ukrainienne près de Donetsk et Pivdenny.
Dans le centre, des frappes russes ont tué un garçon de neuf ans et blessé gravement dix personnes à Zelenodolsk, dans la région de Dnipropetrovsk (centre), selon les autorités ukrainiennes. Elles ont également signalé des "bombardements intenses dans la région de Novgorod-Siversk" (nord), près de la frontière russe, avec "plus de 50 explosions", sans victime.
1,72 million de tonnes de céréales exportées
Selon le ministère turc de la Défense, plus de 1,72 million de tonnes de céréales et de denrées alimentaires ont été exportées depuis l'accord conclu en juillet dernier avec la Russie, la Turquie et l'ONU, visant à libérer ces matières premières d'Ukraine. Douze navires ont pu se diriger vers le détroit du Bosphore ce dimanche. Rien, toutefois, n'empêche la Russie de bombarder les champs ou les silos à grains. L'un d'entre eux a été détruit, à Ochakiv, dans la région de Mykolaïv, emportant avec lui des milliers de tonnes de céréales.
