Les présidents ukrainien Volodymyr Zelensky et turc Recep Tayyip Erdogan ainsi que le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, se sont retrouvés jeudi à Lviv pour discuter du récent accord sur l'exportation des céréales ukrainiennes. La conversation s'est rapidement focalisée sur le sort de la centrale nucléaire de Zaporijia. L'Ukraine reproche à la Russie d'utiliser le site comme base de tirs sur les positions ukrainiennes, ce que Moscou dément accusant les soldats ukrainiens d'une attitude semblable. La situation est explosive. Devant le patron des Nations unies, Volodymyr Zelensky, a estimé que l'on devait "assurer la sécurité de ce site stratégique, sa démilitarisation et sa libération complète des troupes russes".

Erdogan au soutien de ses "amis ukrainiens"

"Alors qu'on poursuit nos efforts pour une solution, nous avons été et continuons à être du côté de nos amis ukrainiens", a affirmé le président turc lors d'une conférence de presse commune avec son homologue Volodymyr Zelensky. Engagée sur une position de neutralité, ne participant pas aux sanctions émises contre la Russie, la Turquie s'inquiète d'une catastrophe nucléaire : "Nous sommes inquiets. Nous ne voulons pas vivre un nouveau Tchernobyl." Le président turc avait rencontré Vladimir Poutine, le 5 août, à Sotchi, en Russie.

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Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, état également présent ce jeudi dans l'ouest de l'Ukraine. Les trois hommes ont échangé sur la mise en application du récent accord sur l'exportation des céréales ukrainiennes. Antonio Guterres doit se rendre à Odessa, ville portuaire d'où partent certains navires chargés de céréales, puis en Turquie, puissance médiatrice lors de l'accord, pour superviser le dispositif.

Le risque d'insécurité alimentaire mondiale chiffré par l'ONU

Bien que 21 bateaux de marchandises aient quitté les ports ukrainiens depuis le 1er août, le premier navire humanitaire, affrété par l'ONU, n'a quitté l'Ukraine que mardi. Chargé de 23 000 tonnes de blé, il a pour destination l'Ethiopie. Selon le Programme alimentaire mondial, 345 millions de personnes, dans 82 pays, sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, tandis que jusqu'à 50 millions de personnes dans 45 pays risquent de sombrer dans la famine sans aide humanitaire.

Victimes civiles à Kharkiv, inquiétude à Zaporijia

Sur le terrain militaire, les combats se poursuivent et font de nouvelles victimes civiles, comme à Kharkiv, la deuxième ville d'Ukraine. Selon les autorités du pays, un missile russe a touché, mercredi, un immeuble résidentiel de trois étages, provoquant "un puissant incendie". "A ce stade, il y a sept morts et dix-sept blessés", a indiqué Igor Terekhov, le maire de Kharkiv. Volodymyr Zelensky avait dénoncé plus tôt une "attaque ignoble et cynique".

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La situation à la centrale nucléaire de Zaporijia reste, elle, très tendue. Le ministre ukrainien de l'Intérieur a déclaré, mercredi, que l'Ukraine devait se préparer "à tous les scénarios". "Personne ne pouvait prévoir que les troupes russes allaient tirer sur des réacteurs nucléaires à l'aide de chars. C'était du jamais vu", a indiqué Denys Monastyrsky lors d'un déplacement dans la ville de Zaporijia. De son côté, le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, a jugé "urgent" qu'une "inspection" de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) ait lieu à la centrale. D'après lui, l'occupation du site par les soldats russes "augmente les risques d'accident nucléaire". Mardi, l'opérateur public ukrainien des centrales nucléaires, Energoatom, avait dénoncé une cyberattaque russe "sans précédent" contre son site en ligne, précisant que son fonctionnement n'avait pas été perturbé.

L'armée russe a assuré, ce jeudi, n'avoir pas déployé "d'armes lourdes" dans et autour de la centrale nucléaire de Zaporijjia, "Nous soulignons que les troupes russes n'ont pas d'armes lourdes dans l'enceinte de la centrale et dans les zones avoisinantes. Seules des unités assurant la sécurité se trouvent là-bas", a indiqué le ministère russe de la Défense dans un communiqué.

La Chine va mener des exercices militaires conjoints avec la Russie

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Un communiqué diffusé mercredi indique que la Chine va participer à des exercices militaires conjoints avec la Russie à la fin du mois. Le but, selon le ministère chinois de la Défense, est "d'approfondir la coopération" entre les deux armées. Chine et Russie entretiennent des liens étroits en matière de défense et Pékin a annoncé vouloir porter les relations bilatérales "à un niveau plus élevé". La Chine assure que sa participation aux exercices militaires est "sans aucun rapport avec la situation actuelle au niveau régional et international".

Selon l'ISW, des combattants prorusses refusent de se battre

L'institut américain de réflexion sur la guerre, l'ISW, a noté qu'une partie de la milice prorusse de la République autoproclamée de Lougansk avait refusé de se battre dans l'autre région du Donbass occupée par les Russes, la République populaire de Donetsk. Un chercheur raconte, en s'appuyant sur une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, que ces soldats estiment que "leur travail est terminé", depuis qu'ils ont atteint les frontières de Lougansk. Selon l'ISW, cet épisode s'inscrit dans une tendance plus large de "diminution de l'investissement" des milices prorusses. Des troupes de la DNR s'étaient déjà plaintes de manière similaire ces derniers mois quand elles avaient été réaffectées dans les régions de Lougansk et de Kherson.