Les combats se poursuivent au 197e jour de la guerre, alors que l'Ukraine revendique des positions à proximité de Kherson et que la Russie, par la voix de Vladimir Poutine, répète qu'"il est impossible" de faire sans elle sur le plan international. La réunion au conseil de sécurité, mercredi, a rappelé les horreurs du conflit : il y était question des déplacements forcés des enfants ukrainiens vers la Russie, notamment les orphelins.
Nouvelle aide de deux milliards de dollars pour l'Ukraine et ses voisins
Les Etats-Unis ont approuvé, ce jeudi 8 septembre, une nouvelle tranche de deux milliards de dollars d'aide à l'Ukraine et 18 de ses voisins, sous forme de prêts et subsides pour acheter des armes américaines. Parmi ces pays éligibles figurent la Géorgie et la Moldavie, qui ont sur leur territoire des zones contrôlées par des séparatistes prorusses, ainsi que les pays baltes ou encore la Bosnie, où les tensions vont crescendo avec les dirigeants serbes.
Selon le département d'Etat américain, cette aide s'ajoute aux 675 millions de dollars de soutien direct en livraison d'armements à l'Ukraine, annoncé ce jeudi également par le secrétaire d'Etat américain à la Défense, Lloyd Austin. En parallèle, Antony Blinken, le chef de la diplomatie américaine, est arrivé à Kiev pour une visite surprise, la seconde dans la capitale ukrainienne depuis le début de l'invasion russe lancée le 24 février.
L'ONU se penche sur les "transferts forcés d'enfants" vers la Russie
Mercredi 7 septembre, devant le conseil de sécurité de l'ONU, la sous-secrétaire générale des Nations unies pour les droits de l'Homme, Ilze Brands, s'est montrée grave. Elle a fait état d'"accusations crédibles" sur des "transferts forcés d'enfants non accompagnés vers le territoire occupé par la Russie ou vers la Fédération de Russie elle-même". Et d'ajouter : "Nous sommes inquiets du fait que les autorités russes aient adopté une procédure simplifiée pour accorder la nationalité russe aux enfants qui ne sont pas sous la garde de leurs parents, et que ces enfants soient éligibles à l'adoption par des familles russes", a-t-elle ajouté.
Ces déclarations confirment les accusations portées par les États-Unis, à l'origine de cette réunion du Conseil de sécurité avec l'Albanie, qui parlent de déplacement forcé de milliers d'Ukrainiens vers la Russie. Ces opérations pourraient avoir lieu alors que Moscou a simplifié les procédures d'accès à la nationalité afin d'accroître son contrôle du sud de l'Ukraine. Vladimir Poutine espère le rallier au territoire russe. L'ambassadeur russe à l'ONU, Vassili Nebenzia, a rejeté en bloc les accusations qu'il juge "infondées". Il parle de "légendes".
L'Ukraine revendique des avancées dans le Nord-est
L'armée ukrainienne revendique, sans les nommer, la reprise de plusieurs localités de la région de Kharkiv, au moment où s'ouvre jeudi, en Allemagne, une réunion des ministres de la défense des pays alliés pour organiser leur soutien aux capacités militaires ukrainiennes. "Cette semaine, nous avons de bonnes nouvelles de la région de Kharkiv", a insisté le président Volodymyr Zelensky dans son discours vidéo du soir diffusé sur les réseaux sociaux.
Ces avancées sur le front du nord-est s'inscrivent dans le cadre d'une contre-offensive dans le sud de l'Ukraine. Des observateurs avaient fait état ces derniers jours d'une percée des forces ukrainiennes dans la région, sans que cela soit toutefois vérifié de source indépendante. La région de Kharkiv est en partie occupée par l'armée russe depuis le 24 février et le début de l'invasion. La ville du même nom, la deuxième plus grande d'Ukraine, est régulièrement visée par des bombardements meurtriers. Moscou n'est, pour l'heure, pas parvenu à s'en emparer.
Passe d'armes entre l'UE et la Russie au sujet du gaz et des céréales
Vladimir Poutine parle de "bêtises" et de "fièvre de sanctions" . La tension est encore montée d'un cran, mercredi, entre Moscou et l'UE sur les livraisons de gaz russe puisque le président russe a menacé de cesser toute livraison d'hydrocarbures en cas de plafonnement des prix, un projet relancé le même jour par Bruxelles. La présidente de la commission européenne avait appelé dans la journée à ne pas enrichir la Russie et ne pas "financer cette guerre atroce contre l'Ukraine" en continuant à acheter son gaz à des prix démentiels. Elle s'est d'ailleurs félicitée de la réduction de la dépendance européenne : "au début de la guerre, le gaz russe par gazoduc représentait 40% de tout le gaz importé (par l'UE). Aujourd'hui, il n'en représente que 9%".
Vladimir Poutine s'en est également pris aux Européens au sujet des exportations de céréales ukrainiennes. Bloquées depuis plusieurs mois dans le sud de l'Ukraine, les céréales ont fait l'objet d'un plan d'acheminement sous l'égide des Nations unies et sous la médiation de la Turquie. Le chef d'État russe a assuré que ces exportations allaient majoritairement vers les pays européens et non pas vers les pays pauvres, ce qui crée selon lui un risque de "catastrophe humanitaire". L'Ukraine a dans la foulée réfuté ces accusations, rétorquant que les deux tiers des livraisons partaient vers des pays d'Afrique et d'Asie.
Pour Poutine, il est "impossible d'isoler la Russie"
"Peu importe combien certains voudraient isoler la Russie, il est impossible de le faire", a déclaré, ce mercredi 7 septembre, le président russe Vladimir Poutine lors d'un forum économique tourné vers l'Asie à Vladivostok (Extrême-Orient russe). La pandémie de nouveau coronavirus "a été remplacée par de nouveaux défis d'ordre global, qui menacent le monde entier. Je veux parler de la fièvre de sanctions de l'Occident", a-t-il dit.
Le président russe a dénoncé "le refus obstiné des élites occidentales de voir les faits" et "la domination insaisissable des Etats-Unis" dans la mise en place de lourdes sanctions contre la Russie suite à l'offensive menée en Ukraine depuis fin février. "Des changements irréversibles se sont produits dans tout le système des relations internationales", a-t-il noté. Malgré une pluie de sanctions occidentales, le maître du Kremlin a affirmé que la Russie "n'a rien perdu et ne perdrait rien". "Il y a une certaine polarisation en cours, mais je pense que ça ne sera que bénéfique", a-t-il ajouté.
Vladimir Poutine a également démenti l'affirmation selon laquelle Moscou utilise l'énergie comme une "arme" contre l'Europe, quelques jours après l'arrêt des livraisons de gaz russe via le gazoduc Nord Stream. Les Occidentaux affirment que Moscou utilise l'énergie comme une arme. "Encore un non-sens ! Quelle arme utilisons-nous ? Nous fournissons autant que nécessaire selon les demandes faites" par les pays importateurs, a-t-il déclaré. Avant de lancer : "donnez-nous une turbine et demain nous relancerons Nord Stream."
