Des "frappes" à quelques mètres d'une demi-douzaine de réacteurs surpuissants. Vendredi, des tirs ont été recensés sur le site de Zaporijia, la plus puissante centrale nucléaire d'Ukraine, et d'Europe. Au 162e jour de la guerre en Ukraine, Kiev et Moscou s'accusent mutuellement, et le monde s'inquiète à nouveau d'un désastre nucléaire. Plus à l'ouest du pays, la ville portuaire de Mikolaïv subit d'intenses bombardements russes. Les autorités ukrainiennes estiment que des "collaborateurs" sapent le travail des troupes sur place.
La centrale nucléaire de Zaporijia à nouveau touchée
En mars, au moment de la prise de la centrale de Zaporijia, les militaires russes avaient ouvert le feu sur un des bâtiments du site, provoquant un incendie et l'émoi de la communauté internationale. Le risque d'une catastrophe nucléaire avait brusquement surgi. Or la zone est de nouveau le théâtre d'affrontements. "Deux frappes" ont été enregistrées vendredi. Elles ont endommagé une ligne de haute tension et déclenché l'arrêt d'un des six réacteurs du complexe nucléaire.
"A la suite de l'attaque de la centrale nucléaire de Zaporijjia, le système de protection d'urgence s'est déclenché sur l'un des trois réacteurs en état de marche, qui s'est éteint", a annoncé Energoatom dans un message sur Telegram. Selon cette source, les bombardements ont "gravement endommagé" une station renfermant de l'azote et de l'oxygène et un "bâtiment auxiliaire". "Il existe toujours des risques de fuite d'hydrogène et de substances radioactives, et le risque d'incendie est également élevé", a-t-elle dit. "Le bombardement (...) a causé un risque sérieux pour le fonctionnement en toute sécurité de la centrale", a poursuivi Energoatom, indiquant toutefois qu'elle continue de produire de l'électricité et que le personnel ukrainien continue d'y travailler.
Kiev a immédiatement dénoncé ces tirs. "Aujourd'hui, les occupants ont créé une autre situation extrêmement risquée pour toute l'Europe : ils ont frappé à deux reprises la centrale nucléaire de Zaporijia. Tout bombardement de ce site est un crime éhonté, un acte de terreur", a martelé le président Volodymyr Zelensky dans son message vidéo quotidien.
"Malgré les provocations des Russes, la centrale continue de fonctionner et de fournir de l'électricité au système énergétique de l'Ukraine grâce à des lignes en service. Conformément à leur capacité, il a été décidé de décharger et de déconnecter l'un des réacteurs", a pour sa part fait savoir la société d'Etat ukrainienne EnergoAtom. Toutefois, "il existe des risques de fuite d'hydrogène et de pulvérisation de substances radioactives. Le danger d'incendie est élevé", a-t-elle prévenu.
L'armée russe a quant à elle parlé, dans un communiqué, de "tirs d'artillerie" de "formations armées ukrainiennes", à la fois "contre le territoire de la centrale de Zaporijjia et la ville d'Energodar", et dénoncé des "actes de terrorisme nucléaire". Ce samedi, il n'était toujours pas possible d'attribuer précisément l'origine de ces frappes.
L'UE dénonce la "violation irresponsable" de la sécurité nucléaire par Moscou
"L'UE condamne les activités militaires de la Russie autour de la centrale nucléaire de Zaporijjia. Il s'agit d'une violation grave et irresponsable des règles de sécurité nucléaire et d'un nouvel exemple du mépris de la Russie pour les normes internationales", a accusé ce samedi, dans un message sur son compte Twitter, Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne.
Couvre-feu et chasse à l'homme à Mikolaïv
"Les gens honnêtes n'ont rien à craindre". Vendredi, le gouverneur de la province de Mikolaïv a annoncé un couvre-feu, instauré depuis 23 heures (heure locale) et prévu pour durer jusqu'à 5 heures du matin, lundi. La ville portuaire est la cible d'intenses bombardements russes depuis plusieurs semaines, alors qu'une partie des troupes de Poutine ont été réaffectées au sud-ouest du pays, selon le renseignement britannique.
Avec cette mesure, le gouverneur veut identifier les agents de la Russie oeuvrant sur place. "Nous allons faire le nécessaire, y compris concernant les collaborateurs" des Russes, a ajouté Vitaliy Kim, dans une vidéo publiée sur son compte Telegram. Le gouverneur avait déjà promis, en juillet, une prime de 100 dollars pour des informations permettant d'identifier les gens qui "révèlent aux occupants les lieux de déploiement des troupes ukrainiennes" ou qui les aident à établir les coordonnées des cibles potentielles de bombardements. Les forces ukrainiennes mènent actuellement une contre-offensive dans le Sud, où elles affirment avoir repris plus de 50 villages tombés aux mains des soldats russes.
Les contre sanctions russes s'amoncellent
Après les Britanniques, les Canadiens. La Russie a annoncé, vendredi, interdire l'entrée sur son territoire à 62 citoyens du Canada. Des responsables politiques et militaires, des prêtres et des journalistes persona non grata en réponse aux récentes sanctions canadiennes ayant visé des personnalités russes.
Cette décision a été prise "compte tenu du caractère particulièrement hostile du régime du Premier ministre (canadien) Justin Trudeau" et en réponse aux actions visant à "insulter non seulement le peuple multinational et multiconfessionnel de Russie, mais aussi les croyants orthodoxes du monde entier", a expliqué le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué. La semaine dernière, 39 personnalités britanniques avaient été interdites de territoire, dont l'ancien dirigeant David Cameron.
Les arguments de Gazprom sur les livraisons de gaz ? Des "excuses", selon l'Union européenne.
Selon l'entreprise russe Gazprom, la Russie peine à livrer les Européens en gaz à cause des sanctions européennes. "Une excuse pour ne pas fournir du gaz à l'Union européenne", a affirmé ce vendredi la Commission européenne, réfutant totalement les arguments du gazier.
Gazprom a affirmé ce mercredi que les réductions de livraisons de gaz observées par Nord Stream 1 observées en juin et en juillet étaient dues au blocage d'une turbine Siemens essentielle pour garantir le fonctionnement du gazoduc. Celle-ci avait été envoyée au Canada pour réparation. "Rien n'empêche la restitution et l'installation d'une turbine Siemens en Russie. Tout ce qui est dit sur la question est faux", a soutenu le porte-parole de l'exécutif européen Eric Mamer. "Nord Stream 1 ne fait pas l'objet de sanctions par l'UE", a-t-il rappelé.
