Pour la Russie, le coeur de l'industrie du gaz s'oriente désormais à l'Est, et particulièrement du côté de la Chine, premier consommateur d'énergie au monde et de plus en plus acheteur de gaz. La coopération énergétique entre les deux pays n'est pas nouvelle, mais la guerre en Ukraine oblige Moscou à accélérer sa réorientation stratégique. "Aujourd'hui, le sujet du développement vers de nouveaux marchés est plus que jamais d'actualité", a ainsi affirmé, jeudi 15 septembre, le vice-président du géant gazier russe Gazprom.
Concrètement, ce déploiement vers l'Est se matérialisera par la signature prochaine d'un accord portant sur la livraison de 50 milliards de mètres cubes de gaz par an, via le futur gazoduc "Force de Sibérie 2". Ce dernier, dont la construction devrait débuter en 2024, est censé remplacer le projet "Nord Stream 2", qui devait rallier la Russie à l'Allemagne afin d'approvisionner l'Europe en gaz, mais que le conflit en Ukraine a jeté aux oubliettes. En marge du sommet de Samarcande du 15 septembre, le ministre russe de l'Energie a confirmé ce changement de cap.
Dépasser les capacités de Nord Stream 1
"Force de Sibérie 2" sera long de 2 600 km et reliera la Sibérie occidentale à la région chinoise du Xinjiang, en passant par la moitié orientale de la Mongolie. Le gaz sera issu de la péninsule de Yamal, qui constituait jusque-là la source d'approvisionnement en gaz de l'Europe. Comme son nom l'indique, ce gazoduc sera le deuxième de la famille. En effet, depuis 2019 fonctionne "Force de Sibérie 1" qui connecte, sur 3 000 kilomètres, la Sibérie au nord-est de la Chine. C'est d'ailleurs sur lui que va compter la Russie, en attendant l'arrivée de son petit frère - espérée pour 2030. Prévu pour livrer 16 milliards de mètres cubes de gaz en 2022, il fournira à la Chine des volumes croissants chaque année, jusqu'à atteindre 61 milliards de mètres cubes par an, soit plus que Nord Stream 1.
Renforcement de "Force de Sibérie 1", construction de "Force de Sibérie 2"... La Russie semble tout miser sur son partenaire chinois. Et ce n'est pas tout. En février dernier, Moscou et Pékin ont approuvé la création d'un troisième gazoduc reliant l'île de Sakhaline, située dans l'Extrême-Orient russe, à la province chinoise de Heilongjiang. Si cette coopération s'avère capitale pour les finances russes, la Chine continuera, elle, de collaborer avec d'autres pays exportateurs, notamment le Qatar et les Etats-Unis.
