Waterloo n'est pas une morne plaine, je le sais, j'y suis et avec moi 120 000 personnes sur les cinq jours que durent les festivités de ce 200e anniversaire de la bataille de Waterloo, que l'on pourrait facilement ériger en symbole européen. Il y a là-bas des collines et des vallons, qui ont valu une cuisante défaite à Napoléon. Perfides Anglais qui s'étaient cachés dans un repli du terrain ! Napoléon, malade, n'avait pas trouvé utile d'envoyer des reconnaissances qui les auraient débusqués.
Des euros passés à la mitraille
Ici, le souvenir reste inscrit d'une encre si indélébile que la France a du peser de toute son influence pour faire interdire aux Belges une nouvelle frappe fatale : celle d'une pièce de 2 euros à l'effigie de ce qui fut une victoire anglo-belgo-néerlandaise. Un tel affront aux héritiers du souvenir de Napoléon, l'honneur de la France était en jeu... 175 000 pièces ont donc été mises à la mitraille, 1,5 million d'euros de perte ! Qu'importe, la Belgique frappera finalement deux pièces, mais commémoratives. Subtile vengeance. En attendant, aucun officiel français ne fait le déplacement.
Certains Anglais, comme le député conservateur Peter Bone, trouvent les Français susceptibles. À vrai dire, ériger une butte surmontée d'un lion coulé dans le bronze des canons pris aux Français et ouvrir de surcroît un musée Wellington, la provocation est grossière !
Du sang dans les veines de l'Europe
D'autres Anglais se placent sur le terrain des leçons de l'Histoire, comme le rapporte France 24: "Waterloo, un moment essentiel de l'histoire européenne et une avancée importante pour la liberté et la démocratie", assure sir Peter Luff. Au fond, Napoléon ne voulait-il pas créer lui-même un grand état européen ? Question d'interprétation. On parle tout de même de 100 000 morts pour ce dessein illusoire à l'époque, mais auquel même les Anglais ont fini par adhérer en 1973.
Fiers de leur différence insulaire et monétaire, eux ne s'empêcheront pas de frapper une pièce de 2 livres avec Wellington en guest star au verso, face cachée de cette longue histoire conflictuelle qui nous lie encore à Albion. Finalement, le seul qui avait tout compris serait bien Alexandre 1er, tsar de toutes les Russies : "Je ne fais pas la guerre aux Français, je fais la guerre à Napoléon." Nous voilà saufs. Maintenant, posons-nous la seule question qui importe: et si Waterloo avait été une victoire française ?