Réélu pour un quatrième mandat consécutif avec plus de 53% des voix, Viktor Orban s'est appuyé sur une posture de défenseur de la nation, menacée par la guerre en Ukraine et la gauche, afin de battre son opposant Péter Márki-Zay. Si cette victoire renforce son emprise sur la Hongrie qu'il dirige depuis 2010, sa proximité avec Vladimir Poutine et sa doctrine dite d'ouverture à l'Est risquent d'accentuer l'isolement européen de Budapest - nonobstant sa condamnation de l'agression russe et l'accueil à bras ouverts des réfugiés ukrainiens.

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Avec sa fameuse "danse du paon", le dirigeant eurocritique récupère volontiers les subventions de Bruxelles, tout en courtisant Moscou et Pékin. Un jeu d'équilibriste périlleux. "Deux tiers des Hongrois pensent que Viktor Orban érode l'unité européenne par le biais de son amitié stratégique avec Poutine, tout en récoltant les avantages de l'appartenance à l'Union européenne. Cette stratégie est morte. Orban aura beau essayer, il ne peut plus jouer sur les deux tableaux", considère l'analyste Andras Pulai.

Mirage d'une coalition

En mars 2021, la rupture de son parti, le Fidesz, avec le Parti populaire européen (PPE), la principale famille de droite des Vingt-Sept, marginalisait les troupes du populiste danubien, déjà en conflit depuis douze ans avec Bruxelles. Son espoir d'une grande coalition conservatrice radicale au Parlement européen se transforme en mirage. La prudence d'Orban envers Poutine, afin de préserver sa politique de bas prix de l'énergie, ruine sa relation avec ses associés centre-européens du Groupe de Visegrad - surtout la très atlantiste Pologne.

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Alliée de toujours d'Orban face aux charges de Bruxelles sur l'Etat de droit, Varsovie se détourne aujourd'hui de la Hongrie et refuse l'envoi d'armes en Ukraine. "Budapest a convaincu l'exécutif polonais pendant des années que ses 'frottements' auprès des Russes reposaient sur des bases pragmatiques. Désormais, le PiS polonais au pouvoir se replace au sein de l'UE, tandis que Viktor Orban s'isole de plus en plus avec son point de vue eurosceptique, anti-occidental et pro-Kremlin", estime la politiste Edit Zgut.

Et maintenant, les Balkans

Afin de conserver une influence régionale, "Viktor" investit les Balkans. Budapest dispose de pions parmi les médias slovènes et macédoniens. Des firmes magyares sont devenues des acteurs majeurs dans la banque et les télécommunications en Albanie. L'automne dernier, Orban appuyait les velléités séparatistes du leader des Serbes de Bosnie, Milorad Dodik. Et surtout, il cultive une amitié sans bornes avec le président serbe ultra pro-Kremlin, Aleksandar Vucic, largement reconduit le même jour que lui.

Viktor Orban s'est construit une réputation hautement sulfureuse sur le Vieux Continent entre dérives antidémocratiques, création d'un empire médiatique loyal, entorses à l'indépendance de la justice, oligarchisation de l'économie, diatribes antimigrants et stigmatisation de la communauté LGBT. Aujourd'hui, il s'enfonce dans sa "démocrature" de style poutinien, poursuivant sa croisade contre les "activistes de Soros" et les "bureaucrates de Bruxelles". Quitte à devenir un paria pour de bon.