Alors que le sommet du G20 se déroule en ce moment à Bali, les ministres de la Défense de l'Allemagne et de l'Espagne ont annoncé mardi 15 novembre leurs projets de formation de milliers de militaires ukrainiens dans le cadre du programme de l'Union européenne (UE) pour aider à soutenir la riposte de Kiev contre la Russie. L'Union européenne a en effet lancé la plus grande mission d'entraînement militaire de son histoire qui vise à former et entraîner 15 000 soldats ukrainiens dans différents Etats membres. 12 000 étant des soldats et les 3000 restants des opérateurs spécialisés.

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"Dans moins de trois mois, cette mission sera opérationnelle. C'est un temps record pour les Européens", s'est félicité le chef de la diplomatie européenne, l'Espagnol Josep Borrell, à son arrivée pour une réunion des ministres de la Défense de l'UE à Bruxelles. Sur le contenu des exercices, l'état-major de l'armée ukrainienne a fait des demandes bien spécifiques à l'UE. Les hommes seront formés dans le domaine du déminage, de la défense antiaérienne ou encore de l'artillerie.

2000 militaires pour la France

L'Allemagne prévoit ainsi de former 5000 militaires dans "un large éventail de compétences", a annoncé la ministre allemande Christine Lambrecht. Son homologue espagnole Margarita Robles a précisé que son pays formerait 400 soldats ukrainiens tous les deux mois, soit 2400 par an, à Tolède. La France avait quant à elle annoncé en octobre l'entraînement de 2000 militaires ukrainiens sur son territoire. Le centre principal de la mission sera situé en Pologne. Le pays, premier refuge des Ukrainiens fuyant la guerre, va servir de plaque tournante pour la mission. Un quartier général secondaire sera également installé en Allemagne, sans que l'on sache encore sa localisation exacte. La mission est prévue pour une durée initiale de deux ans et devrait coûter environ 60 millions d'euros (62 millions de dollars) par an.

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Elle sera financée par la Facilité européenne pour la paix (FEP) qui est elle-même abondée par des contributions des Etats membres, hors du budget commun. Un nouvel apport de fonds est en discussion, a-t-on indiqué de sources européennes. Les ministres européens doivent par ailleurs examiner ce mardi l'état de ses finances. "3,1 des 5,7 milliards de sa dotation pour 7 ans ont été mobilisés pour les fournitures d'armements à Kiev", a rappelé Josep Borrell.

Les fonds servent à rembourser les Etats membres pour les armements prélevés sur leurs stocks et fournis à l'Ukraine. Le soutien militaire apporté par l'Union européenne à l'Ukraine est estimé à huit milliards d'euros, entre les financements de la Facilité européenne de paix et les fournitures d'armes bilatérales, a souligné Josep Borrell. Ce montant équivaut à 45% de l'assistance fournie par les Etats-Unis.

Force d'intervention rapide

Les ministres vont examiner les besoins militaires de l'Ukraine avec leur homologue ukrainien Oleksii Reznikov. Il interviendra en visioconférence et fera un point de la situation sur le terrain après la reprise de Kherson, dans le Sud de l'Ukraine. Mais les Européens doivent reconstituer rapidement leurs stocks stratégiques. "L'aide à l'Ukraine ponctionne beaucoup de moyens et nous devons être en mesure de les régénérer rapidement, a expliqué le ministre français Sébastien Lecornu à son arrivée à Bruxelles. C'est la clef pour notre autonomie stratégique".

Les ministres vont également étudier deux scénarios d'opérations pour la force d'intervention rapide européenne de 5000 militaires. Chargée de mener des interventions pour évacuer des ressortissants européens pris dans un conflit, la force européenne devra être en mesure de s'engager dans des missions de combat et doit être "pleinement opérationnelle en 2023", a insisté Josep Borrell.