C'est la plus grande centrale nucléaire d'Europe. Le site de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, a été bombardé pour la deuxième fois en un peu plus de 24 heures ce week-end. Comme après les précédents bombardements de vendredi 5 août sur ces installations situées dans le sud de l'Ukraine et tombées début mars aux mains des soldats russes, les deux belligérants se sont mutuellement accusés dimanche 7 août de les avoir attaquées.
Inquiétudes autour du bombardement de la centrale nucléaire de Zaporijjia
Moscou a accusé ce lundi les forces ukrainiennes de bombarder la plus grande centrale nucléaire d'Europe, Zaporijjia, tenue par l'armée russe. Le bombardement du site de Zaporijjia "par les forces armées ukrainiennes" est "potentiellement extrêmement dangereux" et "pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour une vaste zone, y compris pour le territoire européen", a averti lundi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.
Le ministère russe de la Défense a affirmé que la dernière frappe, dans la nuit de samedi à dimanche, avait endommagé une ligne à haute tension fournissant de l'électricité à deux régions ukrainiennes.
Le patron de l'agence nucléaire ukrainienne Energoatom, Petro Kotine, a pour sa part appelé à déloger les occupants russes et à créer une "zone démilitarisée" sur le site de la centrale.
"Il devrait y avoir une mission de gardiens de la paix qui inclurait aussi des experts de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) et d'autres organisations de sécurité", a-t-il poursuivi dans une vidéo publiée sur Telegram. Selon lui, la centrale de Zaporijjia est occupée par "environ 500 soldats et 50 véhicules lourds, des tanks et des camions".
Le chef de l'ONU exige l'arrêt des attaques "suicidaires" contre des centrales nucléaires
Le secrétaire général de l'ONU a qualifié ce lundi 8 août de "suicidaire" toute attaque contre des centrales nucléaires et a appelé à l'arrêt des opérations militaires autour de celle de Zaporijjia, en Ukraine, afin que l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) puisse y accéder.
"Toute attaque contre des centrales nucléaires est une chose suicidaire", a déclaré Antonio Guterres lors d'une conférence de presse à Tokyo. "J'espère que ces attaques prendront fin. En même temps, j'espère que l'AIEA pourra accéder à la centrale" de Zaporijjia.
Depuis une semaine, le secrétaire général de l'ONU ne cesse de s'inquiéter des risques nucléaires sur l'humanité qui n'est qu'à "un malentendu" ou "une erreur de jugement" de l'"anéantissement nucléaire", avait-il mis en garde le 1er août dans un discours à New York. Samedi, à l'occasion du 77e anniversaire du bombardement atomique à Hiroshima, il avait estimé que l'humanité jouait "avec un pistolet chargé" dans le contexte des crises actuelles à connotation nucléaire.
L'Ukraine frappe de nouveau un pont stratégique à Kherson
Les forces ukrainiennes ont de nouveau frappé dans la nuit de dimanche à lundi un important pont de Kherson, ville du sud du pays occupée par les troupes russes, ont annoncé les autorités de Kiev. "Quelle nuit pour les occupants dans la région de Kherson. Des frappes dans la zone du pont Antonovski", a affirmé sur Facebook un député régional, Serguiï Khlan.
Ces frappes ont été confirmées par la porte-parole du commandement sud des forces armées ukrainiennes, Natalia Goumeniouk. "La conduite de tir que nous avons mise au point depuis plusieurs jours a des résultats. Les impacts sont considérables aussi bien pour le pont Antonovski que Kakhovski", un autre pont, a-t-elle déclaré à la télévision ukrainienne.
Le pont Antonovski, en banlieue de Kherson, est stratégique et vital pour le ravitaillement car il est le seul reliant la ville à la rive sud du Dniepr et au reste de la région de Kherson. Il avait déjà été visé et partiellement détruit le 27 juillet, forçant l'armée russe à repenser ses chaînes logistiques. Des pontons mobiles auraient notamment été installés.
Au moins cinq civils tués dans l'est du pays
De l'est au sud de l'Ukraine, les opérations militaires se sont poursuivies ce week-end. Les attaques russes ont fait au moins cinq morts parmi les civils dans la région orientale de Donetsk, a souligné son gouverneur Pavlo Kirilenko. Dans cette même province, près de Virnopillia, "les occupants ont tenté de mener un assaut", mais ont été "repoussés" ; ils ont aussi "battu en retraite" à proximité de Sloviansk, de Bakhmout, d'Avdiïvka et de plusieurs autres localités, a annoncé dimanche soir l'état-major de l'armée ukrainienne.
Les Russes ont en outre "bombardé deux quartiers de Kharkiv", dans le nord-est, y détruisant des "infrastructures industrielles", ainsi que, non loin de là, les zones de Bogodoukhiv, d'Izioum et de Tchougouïv, a rapporté Oleg Sinegoubov, gouverneur de la région de Kharkiv. "Deux personnes ont été hospitalisées, un garçon de 16 ans et un homme de 83 ans. Tous deux ont été victimes de mines", a-t-il encore dit. Deux autres ont été blessées dans des frappes sur Marganets, dans le centre de l'Ukraine, a déploré Valentin Reznitchenko, le gouverneur de la province de Dnipro. "Nous avons toujours une situation très difficile dans le Donbass (est), dans la région de Kharkiv et dans le sud, où les occupants tentent de concentrer leurs forces", a reconnu Volodymyr Zelensky.
L'accord de l'UE sur le gaz russe pour réduire la consommation entrera en vigueur mardi
Face aux réductions drastiques de livraisons de gaz russe, l'accord conclu fin juillet par les Vingt-Sept pour réduire volontairement leur consommation entre en vigueur mardi, après sa publication au Journal officiel de l'UE lundi.
Le texte prévoit que chaque État membre "mette tout en oeuvre" pour diminuer, entre le 1er août 2022 et le 31 mars 2023, sa consommation de gaz d'au moins 15% par rapport à la moyenne des cinq dernières années sur la même période, via des "mesures de réduction volontaire". En cas de "risque de grave pénurie", le Conseil européen (organe représentant les États membres) pourra, sur proposition de la Commission, déclarer l'état d'alerte.
Amnesty dit regretter la "colère" provoquée par un rapport sur l'Ukraine
Amnesty international a dit regretter dimanche la "colère" déclenchée par un rapport de l'ONG reprochant aux forces armées ukrainiennes de mettre en danger des civils, maintenant à nouveau ses conclusions qui ont provoqué la colère de Kiev. La publication du rapport avait en outre entraîné la démission de la responsable d'Amnesty International en Ukraine, Oksana Pokaltchouk, reprochant au rapport publié le 4 août d'avoir sans le vouloir servi "la propagande russe". Volodymyr Zelensky était allé jusqu'à accuser l'ONG de "tenter d'amnistier l'Etat terroriste" russe, en mettant "la victime et l'agresseur d'une certaine manière sur un pied d'égalité".
"Amnesty international regrette profondément le désarroi et la colère que notre communiqué de presse sur les tactiques de combat dans l'armée ukrainienne a provoqués", a déclaré dimanche l'ONG. Elle rappelle que sa priorité "dans ce conflit comme dans tout autre, est de veiller à ce que les civils soient protégés". "C'était notre seul objectif lorsque nous avons publié ce dernier rapport de recherche", poursuit Amnesty, "si nous maintenons pleinement nos conclusions, nous regrettons la douleur causée".
Dans son rapport publié au terme d'une enquête de quatre mois, Amnesty a accusé l'armée ukrainienne d'établir des bases militaires dans des écoles et des hôpitaux et de lancer des attaques depuis des zones peuplées, une tactique qui viole selon elle le droit humanitaire international. "La Russie est seule responsable des violations qu'elle a commises contre les civils ukrainiens", insiste toutefois Amnesty.
