L'Ukraine a accusé, lundi 20 juin, la Russie d'intensifier encore ses bombardements meurtriers dans l'est, où ses troupes résistent avec acharnement, et selon Moscou a frappé en retour des plateformes de forage en mer Noire au large de la Crimée, annexée en 2014.
Au même moment, au seuil d'une semaine qualifiée d'"historique" par le président Volodymyr Zelensky avec un sommet à Bruxelles qui pourrait accorder à Kiev le statut de candidat à l'entrée dans l'Union européenne.
Vers une intensification des attaques russes
D'ici là, "évidemment, nous nous attendons à ce que la Russie intensifie ses attaques cette semaine", a prévenu le président ukrainien Volodymyr Zelensky. "Nous sommes prêts", a-t-il commenté. La présidence ukrainienne a ainsi fait état de bombardements russes en Ukraine s'accroissent dans la région de Kharkiv (Nord-Est) et de Donestk (Est).
Selon Volodymyr Zelensky, les Russes "regroupent leurs forces en direction de Kharkiv (nord-est) et dans la région de Zaporijjia (sud), et bombardent encore nos infrastructures de carburant". Mais "nous répondrons à ces attaques", a-t-il assuré, tout en concédant des "pertes importantes". "Notre armée tient le coup."
Les Russes "ont tenté une percée dans la zone de Toshkivka, ils ont partiellement réussi, mais notre artillerie a fonctionné et nous pouvons dire que la tentative de percée n'a pas réussi", a également rapporté Serguiï Gaïdaï, gouverneur de la province de Lougansk, qui constitue, avec celle de Donestk, le Donbass.
Des "négociations difficiles" en cours pour débloquer les ports ukrainiens
Des "négociations difficiles" sont actuellement en cours pour débloquer les ports ukrainiens, où des millions de tonnes de céréales ne peuvent actuellement être exportées vers l'Afrique en raison du blocus de la flotte russe en mer Noire, a indiqué ce lundi le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
"Il n'y a pas encore de progrès", a affirmé Volodymyr Zelensky dans un discours en visioconférence adressé aux membres de l'Union africaine, estimant que "la crise alimentaire dans le monde durera tant que cette guerre coloniale continuera".
Les combats de rue se préparent à Lyssytchansk
Toshkiva se trouve au sud de Lyssytchansk, elle-même séparée de Severodonetsk de la seule rivière Donets. A Lyssytchansk, on voit des signes de préparations aux combats de rue : des soldats creusent des trous et mettent des barbelés, et la police place des véhicules calcinés en travers des rues pour ralentir le trafic. Serguiï Gaïdaï a aussi démenti dimanche sur Telegram la prise totale de Severodonetsk par les Russes, reconnaissant toutefois qu'ils en "contrôlent la majorité".
Le ministère russe de la Défense a de son côté revendiqué la prise de Metolkine, dans la périphérie sud-est de Severodonetsk. Les combats font rage autour de cette agglomération clé pour avoir la mainmise sur l'ensemble du Donbass, partiellement contrôlé par des séparatistes prorusses depuis 2014. Sur le front sud, l'armée ukrainienne assure que les forces russes, "incapables d'avancer sur le terrain", procèdent par bombardements.
Le ministère russe a assuré dimanche avoir frappé une usine de Mykolaïv (sud) avec des missiles de croisière, et détruit "dix obusiers de 155 mm M777 et jusqu'à une vingtaine de véhicules blindés fournis au régime de Kiev par l'Occident au cours de ces dix derniers jours". Des affirmations impossibles à vérifier de source indépendante.
Cette ville portuaire et industrielle de près d'un demi-million d'habitants avant la guerre est toujours sous contrôle ukrainien, mais elle est proche de la région de Kherson, presque entièrement occupée par les Russes. Elle reste une cible de Moscou car elle se trouve sur la route d'Odessa, le plus grand port d'Ukraine, à 130 km au sud-ouest près de la Moldavie, lui aussi toujours sous contrôle ukrainien et au centre des discussions sur l'exportation bloquée des millions de tonnes de céréales ukrainiennes.
Tirs sur des plateformes de forage en mer
Les autorités russes ont accusé ce lundi les forces ukrainiennes d'avoir tiré sur des plateformes de forage d'hydrocarbures en mer au large de la Crimée, faisant état d'au moins trois blessés et d'opérations de secours en cours. "Ce matin, l'ennemi a attaqué les plateformes de forage de Tchernomorneftegaz. Je suis en contact avec nos collègues du ministère de la Défense et (des services spéciaux) du FSB, nous nous efforçons de sauver des gens", a déclaré sur Telegram le gouverneur installé par Moscou après l'annexion en 2014 de la Crimée, Sergueï Aksionov.
Selon lui, cinq personnes sur 12 ont été sauvées, dont trois blessés, et les recherches se poursuivent pour les autres, "avec la participation de navires de patrouille et de moyens aériens". Sergueï Aksionov n'a pas précisé quelles installations avaient été touchées selon lui, mais la compagnie Tchernomorneftegaz exploite plusieurs gisements gaziers et pétroliers en mer Noire et en mer d'Azov, au large de la Crimée.
Il s'agit de la première frappe rapportée contre une infrastructure d'hydrocarbures offshore en Crimée depuis le début de l'offensive que mène la Russie contre l'Ukraine depuis fin février.
Le retour du charbon
Cette guerre pourrait durer "des années", a estimé dimanche dans le quotidien allemand Bild le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, appelant les pays occidentaux à soutenir Kiev dans la durée. Face à l'UE, Moscou détient l'arme des hydrocarbures. Les pays comme l'Allemagne cherchent à pallier les baisses de livraison de gaz russe, quitte à recourir à des solutions peu écologiques.
"Pour réduire la consommation de gaz, il faut utiliser moins de gaz pour produire de l'électricité. A la place, les centrales à charbon devront être davantage utilisées", a indiqué dimanche le ministère allemand de l'Economie, alors que le gouvernement de coalition d'Olaf Scholz avait promis d'abandonner cette source d'énergie d'ici à 2030.
"C'est amer, mais c'est indispensable pour réduire la consommation de gaz", a avancé le ministre écologiste de l'Economie et du Climat Robert Habeck. "Il ne faut pas se faire d'illusion, nous sommes dans une épreuve de force avec Poutine".
L'Autriche a aussi annoncé dimanche la réactivation d'une centrale à charbon fermée au printemps 2020 par un gouvernement voulant éliminer cette source d'énergie polluante et produire 100% d'électricité d'origine renouvelable d'ici 2030.
Quant au groupe italien ENI, également très dépendant des livraisons de Moscou, il a été choisi dimanche par le Qatar pour rejoindre le français TotalEnergies dans le projet North Field East (NFE), qui vise à augmenter de 60% la production de gaz naturel liquéfié (GNL) du pays du Golfe d'ici 2027.
