L'image s'inscrira sans doute dans les annales d'une guerre dont on ne connaît ni l'issue ni le nombre de jours qui séparent l'Ukraine de la fin des combats et de la pluie d'obus qui s'abat sur ses villes et ses campagnes. Dans le cadre bucolique des jardins du palais présidentiel ukrainien, au milieu des oiseaux paradant au-dessus de la tête des cinq chefs d'Etat, Volodymyr Zelensky accueillait ce jeudi 16 juin, son homologue français et président de l'Union européenne, Emmanuel Macron, le chancelier allemand, Olaf Scholz, le président du Conseil italien, Mario Draghi, et le président roumain, Klaus Iohannis.

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Diffusée en différé sur les chaînes d'information européennes afin de ne faire peser aucun risque sécuritaire sur les officiels et les journalistes, la conférence de presse était attendue depuis plusieurs mois par le gouvernement ukrainien. Si Olaf Scholz s'était déjà déplacé dans la capitale il y a plusieurs semaines, Emmanuel Macron avait promis de s'y rendre lorsqu'il porterait un projet concret pour le peuple ukrainien. Plus de trois mois après le début de la guerre précipitée par la Russie, les quatre dirigeants européens étaient présents. Ils ont apporté leur soutien à la démarche d'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne à la veille d'une recommandation très attendue de la Commission européenne sur l'enclenchement de la procédure.

Emmanuel Macron, Olaf Scholz et Mario Draghi ont apporté un soutien appuyé à l'Ukraine jeudi 16 juin lors d'une visite historique.

Emmanuel Macron, Olaf Scholz et Mario Draghi ont apporté un soutien appuyé à l'Ukraine jeudi 16 juin lors d'une visite historique.

© / Sergei SUPINSKY / AFP

Soutien au statut de candidat immédiat

"Tous les quatre nous soutenons le statut de candidat immédiat à l'adhésion, a déclaré Emmanuel Macron, à l'issue des entretiens menés avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Ce statut sera assorti d'une feuille de route et impliquera aussi que soit prise en compte la situation des Balkans et du voisinage, en particulier de la Moldavie". Une prise de position que le gouvernement ukrainien a accueillie avec joie. Volodymyr Zelensky s'est dit "heureux" et "satisfait" des annonces officielles européennes.

L'Ukraine fait partie de la famille européenne", Emmanuel Macron

Dans le même temps, Mario Draghi "veut l'Ukraine dans l'Union européenne". L'Allemagne, par la voix d'Olaf Scholz, a affirmé espérer une "décision positive" à l'issue de l'étude de la candidature du pays dirigé par l'ancien comédien de la série désormais culte "Serviteur du peuple". Le soutien affiché par les dirigeants des pays les plus importants de l'Union européenne permettra-t-il d'accélérer le projet d'intégration de l'Ukraine ?

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L'Ukraine se dit "prête" et "au travail". Néanmoins, plusieurs spécialistes et membres de diverses chancelleries répètent depuis plusieurs semaines que l'adhésion pourrait prendre plus d'une décennie. La Turquie, par exemple, est engluée dans la procédure d'adhésion depuis 1999. L'Ukraine a déjà sans doute gagné un temps précieux puisque les vingt-sept Etats membres doivent décider, dès les 23-24 juin, s'ils accordent le statut officiel de candidat à une adhésion. Au-delà du dossier d'adhésion à l'UE, le déplacement de la délégation a été l'occasion de nouvelles formes de soutien de l'Europe.

Renforcement du soutien militaire

Un peu plus tôt dans la journée, la délégation diplomatique avait foulé le sol d'Irpin, ville ravagée par les forces russes à la périphérie de la capitale Kiev. Constatant les "stigmates de la barbarie" le long des routes et au pied des immeubles en ruine, Emmanuel Macron y a salué "l'héroïsme" de l'armée ukrainienne. "Nous allons poursuivre notre action pour que les crimes de guerre ne soient pas impunis et pour que le droit international s'applique", a ensuite insisté le chef de l'Etat français au pied du palais présidentiel. Dans la foulée, la France a annoncé la fourniture d'un laboratoire ADN pour permettre aux autorités ukrainiennes d'enquêter sur les crimes de guerre. Une promesse de livraison qui en cache une autre : de nouvelles fournitures d'armes sont anticipées.

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La France va livrer à l'Ukraine "six Caesar additionnels", ces canons automoteurs réputés pour leur précision et fabriqués en France. Ils s'ajoutent aux 12 Caesar déjà livrés depuis le début du conflit. Un effort de guerre consenti également de l'autre côté du Rhin. Le chancelier allemand Olaf Scholz a promis de son côté d'aider militairement l'Ukraine "aussi longtemps" que le pays en aurait besoin.

L'Allemagne entend s'engager dans la durée auprès de la nation ukrainienne, puisque le chancelier a invité Volodymyr Zelensky à participer au prochain sommet du G7, fin juin en Bavière. Le rendez-vous est donc pris entre les dirigeants européens. D'ici là, les affrontements se poursuivent. La guerre n'est pas finie.