"La Manche et la mer du Nord ne sont pas des dépotoirs !" Mercredi 24 août, sur Twitter, l'eurodéputée française Stéphanie Yon-Courtin n'a pas caché son profond agacement quant aux déversements, par le Royaume-Uni, d'eaux usées non traitées dans la mer. Avec ses collègues Pierre Karleskind et Nathalie Loiseau, elle annonçait alors avoir saisi la Commission européenne. Également offusqué par cette pratique, et inquiet pour les conséquences désastreuses qu'elle pourrait avoir sur les côtes françaises, le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, a, lui, dénoncé le laxisme dont font preuve les autorités britanniques en matière de contrôle de la pollution depuis le Brexit.

Pourquoi le Royaume-Uni rejette-t-il ses eaux usées dans la mer ?

C'est une norme législative britannique en décalage avec l'attention actuelle portée à la cause environnementale, mais qui demeure en vigueur. En cas de fortes pluies, les compagnies des eaux sont dispensées de traiter les eaux usées et ont la possibilité de les rejeter en mer. En cause, le fait que les eaux de pluie passent par les mêmes tuyaux que les eaux usées, faisant craindre le risque d'inondations lorsqu'une importante entrée d'eau se produit. Or, ces derniers jours, de fortes précipitations s'abattent sur le sol sec du Royaume-Uni, provoquant de forts écoulements et un risque de saturation des tuyaux. D'après le ministre britannique de l'Environnement, George Eulice, environ 15 000 conduites d'eaux usées se déversent dans la mer, constituant "un héritage de l'infrastructure victorienne du XIXe siècle", qu'aucun gouvernement n'a jusque-là envisagé de moderniser.

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Pourquoi ce rejet fait-il scandale ?

La pratique britannique du rejet en mer n'est pas nouvelle, mais elle semble s'être accentuée depuis que le Royaume-Uni a quitté l'Union européenne, l'Agence de l'environnement ayant comptabilisé 400 000 déversements de ce type en 2021. Or, l'île reste signataire des conventions des Nations unies sur la protection des eaux partagées. A l'intérieur du pays, ces déversements font donc scandale, et les Libéraux-Démocrates ont déploré "un défaut de contrôle" dans le traitement des eaux usées, menant à une pollution dangereuse pour la biodiversité marine et l'être humain. L'Agence de l'environnement déconseille actuellement la baignade sur une cinquantaine de plages en Angleterre et au Pays de Galles, et le gouvernement britannique informe, sur son site internet, que les virus véhiculés par les eaux usées peuvent causer des diarrhées, des infections et des maladies gastriques.

En plus d'être sanitaire, ce scandale revêt également un caractère politique. Le quotidien The Guardian révèle, en effet, que Liz Truss, candidate pour devenir Première ministre du Royaume-Uni, a coupé, lorsqu'elle était à la tête du Département pour l'Environnement, entre 2014 et 2016, certains financements de l'Agence pour l'environnement, dont une partie servait justement à surveiller les entreprises rejetant les eaux usées dans la mer.

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Que prévoit le Royaume-Uni pour y remédier ?

Alors que Xavier Bertrand demande au Royaume-Uni de respecter "les exigences environnementales de l'Union européenne en matière de rejet des eaux usées non traitées", le gouvernement britannique a annoncé, ce samedi, vouloir réduire à zéro ce type de rejets dans la mer. Pour ce faire, il prévoit d'importants investissements permettant de "révolutionner nos réseaux d'égouts", selon les mots du ministre de l'Environnement. Ainsi, les compagnies de distribution des eaux devront, d'ici 2035, rénover les conduites se déversant à proximité des zones de baignade et, d'ici 2050, faire de même pour les autres. Point noir, les travaux seront financés par une augmentation du coût de l'eau de 12 livres par an et par foyer d'ici 2030. Une annonce qui ne devrait pas calmer la colère du peuple britannique, qui mène actuellement une grève quasi générale contre la vie chère.