Quelques semaines après avoir conquis l'Elysée, Emmanuel Macron prononçait à la Sorbonne un enthousiasmant plaidoyer pour l'Europe. Un an et demi plus tard, son combat pour l'Union se résume à un combat contre les extrêmes droites, du progressisme contre le populisme.
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Que s'est-il passé entre-temps? Qu'est devenu le sauveur, au moment où Angela Merkel prend ses distances avec lui, où le prochain parlement européen pourrait héberger un groupe "patriote", où, en France, le Rassemblement républicain pourrait devancer La République en marche au soir du 26 mai? Les réponses de Corinne Lhaïk, qui s'est penchée sur le cas Macron pour le dossier spécial Europe de L'Express.
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Les questions que nous avons posées à Corinne Lhaïk
Il ne vous aura pas échappé, enfin j'espère, que l'Europe vote, dimanche prochain, pour élire son 9e parlement. Il ne vous aura pas échappé non plus que ça ne fait pas frissonner Germaine, cette campagne, qui est à la fois terne et illisible. Il ne vous aura pas échappé enfin qu'Emmanuel Macron a mouillé la chemise, qu'il est personnellement monté au front, et qu'en désignant la cible, le populisme et l'extrême droite, il s'est punaisé lui-même une mire sur la poitrine : en cas de défaite, ça va chauffer du côté de l'Elysée. L'Express consacre cette semaine un dossier à l'éventuel naufrage européen. Corinne Lhaïk s'est occupée du cas Macron. Bonjour Corinne. Le pitch est le suivant : dès ses premiers pas de président, Emmanuel Macron s'est posé en sauveur de l'Europe, et le moins qu'on puisse dire, c'est que quelques mois plus tard, super Macron est un peu moins super...
- Tu parles d'un double risque : que son méga-projet européen, sexy et visionnaire, fasse pschitt ; que son quinquennat soit plombé par un mauvais résultat de dimanche. A l'heure qu'il est, alors que sondages mettent le RN de Marine Le Pen devant la République en marche et qu'Angela Merkel fait la gueule, ces deux risques sont très élevés, non ?
- Macron ne parle que d'Europe, surtout à l'étranger d'ailleurs ; l'élection européenne, en France, n'a jamais été aussi franco-française. D'où vient ce décalage, de Macron, des électeurs, des oppositions comme on les appelle ?
- Depuis le discours de la Sorbonne, en septembre 2017, Macron pose des petits cailloux sur le chemin de l'Europe dont il rêve. Tu dis qu'on ne peut pas lui enlever que quand il parle d'Union, il est sincère. La sincérité ne suffit pas ?
- Sa tribune aux Européens, début mars, en a beaucoup atténué l'ambition, écris-tu. En quoi ?
- Que peut-on mettre à son actif en matière de construction européenne depuis qu'il est à l'Elysée ? (Europe de la Défense)
- Et à son passif ? (réforme de la zone euro, de l'espace Schengen)
- Tu dis que l'Europe de Macron, elle est en fait terriblement française : ce n'est pas ça l'origine du mal ?
L'Europe tousse, tout le monde le sait, quand le couple franco-allemand tousse. Et il tousse beaucoup depuis que Macron est président, et il a toussé très fort il y a une semaine, quand Angela Merkel a dit à un journal allemand qu'avec lui, le courant ne passait pas très bien. Il l'a négligée, Angela, il l'a brutalisée ?
- Autre allié avec qui il a eu des mots, Matteo Salvini, le ministre italien d'extrême droite, et Macron en est partie responsable : là aussi, est-ce qu'on ne peut pas dire qu'il affaiblit l'Europe ? (Gafa, rapport aux Etats-Unis)
- Enfin, le Brexit, l'inévitable Brexit : là encore, Paris n'est pas en phase avec tous ses partenaires européens, malgré le consensus des négociateurs à Bruxelles...
Sans faire de pronostic, Emmanuel Macron a qualifié le scrutin de dimanche d'élection la plus importante depuis le début de l'Union. S'il perd, si la République en marche arrive derrière le rassemblement national, que va-t-il se passer ?
- Son quinquennat est plombé jusqu'en 2022, ou il va faire avec, sachant que la politique européenne n'est pas conditionnée par les résultats de la France seulement ?
- Dans les derniers sondages, la liste emmenée par Jordan Bardella est légèrement devant celle de Nathalie Loiseau. Qu'est-ce qui peut encore faire changer les électeurs d'avis avant dimanche ?
- Les vrais vainqueurs de l'élection européenne, on le sait déjà, ce seront les abstentionnistes. Ca ne va pas aider Macron à devenir le leader européen dont il rêve...
