Soudain, au coeur de la nuit bruxelloise, les dirigeants européens se précipitent vers les micros. Entre 2 et 3 heures du matin ce vendredi 21 octobre, après une semaine marquée par les ratés du moteur franco-allemand, il s'agit, notamment pour Emmanuel Macron et Olaf Scholz, de souligner au plus vite que l'unité européenne a survécu et que les 27 ont réussi à s'accorder sur l'épineuse question de l'énergie.
"Nous avons posé les bases pour que l'Europe puisse prendre des décisions en commun", explique le chancelier allemand. "On n'a pas toujours la même position, tout cela a nécessité un travail ardent, mais je pense que l'unité européenne est clé", fait valoir, quelques mètres plus loin, le président français. Le message est clair : une fois de plus, les 27 ont réussi à repousser le spectre de la désunion.
Coup de pression de Macron
Pour autant, ont-ils beaucoup avancé ? Ils se sont simplement mis d'accord sur une feuille de route pour lutter contre la flambée des prix. La Commission européenne et les ministres de l'énergie sont mandatés pour prendre urgemment des décisions concrètes, en particulier pour plafonner les prix du gaz et de l'électricité. En réalité, Berlin a lâché du lest, se rangeant à l'idée que Bruxelles prépare une proposition législative sur ce sujet, en réponse aux demandes pressantes des Français ou des Italiens.
En arrivant à Bruxelles, Emmanuel Macron avait mis un coup de pression, affirmant qu'il n'était pas bon pour l'Europe que l'Allemagne s'isole. Le chancelier Scholz a donc fini par dire oui, même s'il ne cache pas qu'il a des "doutes" sur la faisabilité d'un mécanisme calqué sur celui déjà mis en place par l'Espagne et le Portugal pour subventionner le gaz générateur d'électricité. Il faudra sans doute plusieurs réunions des ministres de l'énergie pour déboucher sur un résultat encore incertain.
La machine européenne n'a pas calé, mais elle paraît avancer fort lentement et laborieusement en ces temps de guerre et de crise qui plaident au contraire pour des décisions rapides et efficaces. La complexité d'une coalition à trois à Berlin, la personnalité "secrète" d'un Olaf Scholz encore peu lisible pour son interlocuteur français et la remise en cause d'une partie des fondamentaux allemands ne simplifient pas une équation à 27 inconnues déjà complexe par nature.
Reste que les Européens peuvent toujours se consoler en tournant le regard vers le Royaume-Uni. Jeudi 20 octobre, la démission de Liz Truss est tombée pile au moment où les 27 se rassemblaient dans la capitale européenne. L'occasion parfaite de mettre en miroir les deux événements et de poser une question de fond : presque trois ans après le Brexit, vaut-il finalement mieux être membre de l'Union européenne ou en être sorti ? Malgré les difficultés conjoncturelles de l'axe franco-allemand, la réponse semble, ces jours-ci, assez facilement tranchée.
