Ils étaient huit, ils ne sont plus que six. Une semaine après l'annonce de la démission de Boris Johnson, le nombre de candidats en lice pour succéder au Premier ministre britannique s'est réduit à six, ce mercredi 13 juillet, comme l'a annoncé Graham Brady, responsable du comité qui organise le scrutin.

Au terme d'un premier tour de scrutin, réservé aux députés conservateurs, l'ex-ministre des Finances Rishi Sunak, 42 ans, dont la démission la semaine dernière avait contribué à déclencher une hémorragie de départs au sein de l'exécutif, a décroché 88 votes. Peu connue du grand public mais en pleine ascension, la secrétaire d'Etat au Commerce international Penny Mordaunt est arrivée deuxième avec 67 votes. La ministre des Affaires étrangères Liz Truss, 46 ans, qui a servi dans tous les gouvernements depuis 2014 et qui peaufine son image d'héritière de l'ancienne Première ministre ultralibérale Margaret Thatcher, est quant à elle arrivée en troisième position avec 50 votes.

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Les trois autres candidats encore en course, pour la plupart largement inconnus du grand public, sont le député Tom Tugendhat, la conseillère juridique du gouvernement ("Attorney General") Suella Braverman, l'ex-secrétaire d'Etat à l'Egalité Kemi Badenoch.

Le ministre des Finances Nadhim Zahawi éliminé

Deux prétendants ont été éliminés : le ministre des Finances Nadhim Zahawi, ancien fondateur de l'institut de sondage YouGov, qui avait gagné en popularité comme ministre des vaccins lors de la pandémie de Covid-19, ainsi que l'ex-ministre de la Santé Jeremy Hunt, finaliste de la dernière élection pour diriger le parti conservateur, en 2019, face à Boris Johnson.

Avec un slogan "PM4PM", jouant sur ses initiales et celles du titre de Premier ministre, Penny Mordaunt, 49 ans, a lancé ce mercredi sa campagne en se définissant comme la "meilleure chance de gagner" pour les conservateurs aux prochaines élections car elle serait "la candidate que les travaillistes craignent le plus". La fibre patriotique de cette réserviste de la Royal Navy, qui pose fièrement devant l'Union Jack sur sa photo de campagne, semble parler à la base du parti.

En lançant sa campagne, Penny Mordaunt a comparé les conservateurs à la légende des Beatles Paul McCartney au festival de Glastonbury. "Nous nous sommes laissés aller à tous ces nouveaux airs, mais ce que nous voulions vraiment, c'était le bon vieux tube dont nous connaissions les paroles : faible taux d'imposition, Etat réduit, responsabilité personnelle", a-t-elle déclaré.

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Un deuxième tour de votes doit se tenir jeudi 14 juillet, l'objectif étant de désigner les deux finalistes avant la fin de la semaine prochaine. Le vainqueur, élu par les adhérents du parti - 160 000 votants lors de la dernière élection interne de 2019 - doit être connu le 5 septembre lors d'un vote par correspondance.

Un sondage YouGov réalisé les 12 et 13 juillet auprès de plus de 800 adhérents du parti donne Penny Mordaunt largement favorite : elle obtient 27%, loin devant Kemi Badenoch (15%), et devant Rishi Sunak, ex-aequo Liz Truss, avec 13%. En finale, elle l'emporterait haut la main quel que soit son adversaire. En revanche, seul 11% des Britanniques (16% chez les conservateurs) sont capables de la nommer en voyant son visage, selon une autre étude (Savanta ComRes).

Des auditions et des débats télévisés

Boris Johnson a démissionné le 7 juillet après qu'une soixantaine de membres de son exécutif ont claqué la porte, lassés des scandales à répétition et de ses mensonges. Il reste toutefois Premier ministre jusqu'à ce que son successeur soit connu. Face aux députés de la chambre des Communes, il s'est dit "fier" ce mercredi de son bilan. "Il est absolument vrai que je pars à un moment que je n'ai pas choisi", a-t-il regretté lors de la séance hebdomadaire de questions devant la Parlement, particulièrement chahutée. "Mais je pars la tête haute".

Dans cette campagne aussi âpre qu'imprévisible, les candidats s'activent pour convaincre les députés dans des réunions qui ont lieu à huis clos. Plusieurs ont été ainsi auditionnés ce mercredi par des députés conservateurs. Plusieurs débats télévisés sont aussi prévus dans les prochains jours. La campagne, qui s'adresse uniquement aux membres du parti conservateur, est clairement marquée à droite et rassemble son lot de coups bas et polémiques.

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Parmi les poids lourds, Rishi Sunak fait l'objet d'attaques virulentes du camp Johnson qui l'accuse d'avoir mené le Premier ministre à sa perte en lançant la vague de démissions le 4 juillet. Le ministre Jacob Rees-Mogg, fervent soutien de Boris Johnson, l'a ainsi qualifié d'ancien chancelier "socialiste". Faux, rétorque l'intéressé qui estime que son approche économique relève du "bon sens thatchérien". Les fidèles de Boris Johnson lui préfèrent une autre admiratrice de Margaret Thatcher : Liz Truss, restée au gouvernement malgré l'hémorragie massive la semaine dernière.

La désignation du nouveau Premier ministre intervient en pleine crise du coût de la vie, avec des ménages britanniques étranglés sous l'inflation, à 9,1%, et ce même si le PIB du pays a rebondi de 0,5% en mai. Si le gouvernement doit rester en poste jusqu'à ce que le nouveau leader soit désigné, il a décidé de présenter une motion de défiance contre lui-même. Sûr d'un échec d'un tel vote, le gouvernement ripostait ainsi à une motion déposée mardi 12 juillet par l'opposition qui juge "intolérable" que Boris Johnson reste au pouvoir jusqu'en septembre 2022. Cette motion a été refusée par le gouvernement estimant inopportun un vote visant un Premier ministre démissionnaire.