Son arrivée à la cathédrale Saint-Paul, pour la messe du jubilé célébrant les 70 ans de règne d'Elizabeth II, est loin d'être passée inaperçue, vendredi 3 juin. Le Premier ministre britannique Boris Johnson a été copieusement hué par la foule. Un signe que, malgré les festivités, le dirigeant conservateur est dans la tourmente après les dernières révélations sur le scandale du "Party gate", marquées par la publication, le 25 mai dernier, du rapport final de la haute administration.

Pour rappel, ce rapport détaille une série de fêtes, parfois très arrosées, - e-mails et photos à l'appui -, organisées au 10 Downing Street, pendant les confinements. Périodes pendant lesquelles les Britanniques étaient eux contraints à de lourds sacrifices. Boris Johnson avait déjà précédemment reconnu avoir participé à plusieurs d'entre elles. Il s'en était excusé et avait même écopé d'une amende de 50 livres (60 euros) pour non-respect des règles anti-Covid lors de son pot d'anniversaire surprise. Une première pour un chef de gouvernement en exercice.

L'épisode ne sera pas sans conséquence. Boris Johnson affrontera finalement dès ce lundi soir un vote de défiance des députés du Parti conservateur.

"Les jours et les semaines de Boris Johnson sont comptés"

Pour l'instant, l'homme a jusqu'à présent toujours refusé de démissionner. La scène internationale lui a aussi "certainement permis un sursis", commente à ce sujet auprès de L'Express l'universitaire spécialiste de la politique du Royaume-Uni, Sophie Loussouarn. Avec notamment ses prises de position fortes au sujet de la guerre en Ukraine. Sa visite à Kiev le 15 avril dernier était symbolique mais a marqué les esprits : le leader britannique a été le premier dirigeant du G7 à se rendre en Ukraine depuis le début l'invasion russe. Le Royaume-Uni a aussi envoyé plus d'aides militaires et financières à l'Ukraine que l'Allemagne et la France réunies entre le 24 janvier et le 10 mai, selon l'institut Kiel.

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Mais aujourd'hui, "les jours et les semaines de Boris Johnson" sont pour la chercheuse bel et bien "comptés". Plusieurs députés de son propre parti ont appelé à sa démission. Le vote de confiance a été déclenché après que "le seuil des 15% des parlementaires demandant [ce vote] du chef du Parti conservateur a été dépassé", a annoncé dans un communiqué Graham Brady, président du comité 1922 chargé des questions d'organisation interne. Soit plus de 54 d'entre eux. Le vote aura donc lieu entre 19h et 21h (heure française), ce lundi, et le résultat annoncé dans la foulée.

Si le Premier ministre le perd, une élection interne sera lancée pour désigner un nouveau leader du Parti, qui deviendra Premier ministre. Dans ce cas de figure : "l'élection pour la tête du parti des conservateurs aura certainement lieu avant la fin de la session parlementaire le 21 juillet prochain", estime Sophie Loussouarn. S'il gagne, il ne pourra pas être visé par un vote similaire pendant un an.

Redonner du souffle aux conservateurs

Les conservateurs, arrivés au pouvoir il y a trois ans en plein Brexit, ont connu des jours meilleurs. Dernier revers essuyé par le parti de Boris Johnson : la perte de 11 conseils et de plus de 200 sièges lors des élections locales britanniques le 5 mai dernier. Tandis que l'opposition travailliste, elle, a remporté sept conseils et plus de 120 conseillers, y compris dans des circonscriptions acquises historiquement aux Tories à Londres. La victoire des nationalistes en Irlande du Nord fait aussi figure de séisme politique outre-Manche.

L'inflation galopante n'arrange par ailleurs rien - 9% en avril 2022 sur un an selon l'Office national des statistiques. "Certaines personnes en Angleterre aujourd'hui doivent choisir entre se nourrir et se chauffer", rappelle la politologue. Les critiques s'accumulent ainsi face à l'action du gouvernement, jugée insuffisante. "Les conservateurs ont chuté dans les sondages. Ils sont à 29% tandis que les travaillistes sont à 41%", poursuit-elle.

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Pas facile dans ces conditions de redonner du souffle au mouvement conservateur. La question n'est pas tant, pour Sophie Loussouarn, de savoir qui pour remplacer Boris Johnson. "Les candidats sérieux et crédibles existent", considère-t-elle. Elle cite notamment "Jeremy Hunt, son principal opposant chez les conservateurs, Liz Truss, ministre des Affaires étrangères ou encore Sajid Javid, ministre de la Santé". Mais davantage celle de leurs programmes : "comment faire pour répondre aux préoccupations de pouvoir d'achat de l'opinion publique ?". Aujourd'hui "un changement de chef ne résoudrait pas forcément les problèmes des conservateurs mais présente au moins l'avantage de rassurer les députés du parti majoritaire à la chambre des Communes avant les prochaines élections générales de 2024", ajoute-t-elle.

A noter par ailleurs, qu'une autre enquête, cette fois-ci parlementaire, toujours dans le cadre du "Party gate", vise Boris Johnson et est toujours en cours. Si cette dernière conclut que le Premier ministre a sciemment menti aux députés de la chambre des Communes, il est censé, selon le code ministériel, démissionner.