Son avenir était dans la balance ce lundi 6 juin, suspendu à un périlleux vote de confiance. Mais Boris Johnson a réussi à sauver sa tête, de justesse. Selon les résultats du scrutin, connus dans la soirée, le Premier ministre britannique a obtenu 211 voix de députés conservateurs en sa faveur contre 148 demandant son départ lors d'un vote à bulletin secret, ce qui lui permet de rester leader du parti et de sauver son poste de chef du gouvernement.

Un peu plus tôt, députés et ministres s'étaient succédé dans une salle du palais de Westminster pour voter, à huis clos et à bulletin secret. Pour rester en poste, Boris Johnson, qui a toujours refusé de démissionner, devait obtenir la confiance de la majorité des 359 députés Tories, soit 180 voix.

Deux ans et demi après sa victoire triomphante dans les urnes, le dirigeant de 57 ans, de plus en plus affaibli et contesté, a été rattrapé par l'affaire du "Party gate", les fêtes à Downing Street pendant les confinements, relancée fin mai par un rapport dévastateur détaillant les violations des règles édictées face au Covid-19.

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Les événements se sont précipités ce lundi matin, à peine refermée la parenthèse festive des célébrations des 70 ans de règne d'Elizabeth II. Le président du comité 1922 du Parti conservateur, Graham Brady, a annoncé que le seuil nécessaire des 54 lettres de députés, soit 15% du groupe parlementaire, demandant le départ de Boris Johnson, avait été atteint.

60% des Britanniques voulaient que les conservateurs l'évincent

Plaidant sa cause devant ses troupes, Boris Johnson s'est dit "heureux" que le vote ait lieu ce lundi : "Si vous m'accordez votre soutien ce (lundi) soir, nous avons une chance d'arrêter de parler de nous-mêmes et de commencer à parler exclusivement de ce que nous faisons pour les gens de ce pays", a-t-il martelé, selon un responsable du Parti conservateur. Il a fait miroiter des baisses d'impôts et des coupes d'effectifs dans l'administration, des mesures à même de séduire sa majorité.

Plus de 150 élus lui avaient apporté leur soutien dans la journée et ses ministres les plus loyaux avaient passé la journée à le défendre à la télévision. Mais après l'ancien ministre Jeremy Hunt, considéré comme un possible successeur, le chef des conservateurs en Ecosse Douglas Ross a annoncé qu'il voterait contre Boris Johnson, invoquant la "colère" du public concernant les violations des règles sur le Covid. Selon un sondage publié ce lundi par YouGov, 60% des Britanniques voulaient que les conservateurs évincent leur leader - mais seulement 32% des électeurs de la majorité.

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Malgré l'accumulation des scandales et la colère du public et de sa majorité, Boris Johnson s'est maintenu ces derniers mois en mettant notamment en avant son rôle moteur dans la réponse occidentale à l'invasion russe de l'Ukraine. Il a aussi été favorisé par l'absence de successeur évident dans les rangs des conservateurs, au pouvoir depuis 12 ans au Royaume-Uni, surtout depuis que l'étoile du ministre des Finances Rishi Sunak, longtemps le chouchou du parti, s'est brusquement ternie en raison de sa fortune et des arrangements fiscaux de sa femme en période de hausse du coût de la vie.

Une autorité qui pourrait être considérablement amoindrie

Mais l'effondrement de la popularité de Boris Johnson a déjà infligé de lourds revers aux conservateurs à des élections locales début mai. La majorité doute de plus en plus de la capacité de "BoJo", hué par la foule pendant les célébrations du jubilé de la reine, à remporter les législatives de 2024.

Outre les appels à la démission annoncés au compte-gouttes depuis la publication du rapport administratif sur le "Party gate" fin mai, le député John Penrose, chargé de la lutte contre la corruption auprès de Boris Johnson, a démissionné ce lundi et invité le Premier ministre à faire de même, estimant qu'il avait enfreint le code ministériel.

Une autre enquête sur le "Party gate" est en outre prévue, celle-ci parlementaire. Si cette dernière conclut que Boris Johnson a trompé la Chambre des Communes en affirmant ne pas avoir enfreint les règles, il est censé démissionner.

Même s'il a remporté le vote ce lundi soir, son autorité risque d'en sortir considérablement amoindrie. Les problèmes ne seront donc pas finis pour autant pour Boris Johnson. Fin 2018, Theresa May avait survécu à une motion de défiance avant de démissionner quelques mois plus tard, trop affaiblie.