Le "Party Gate", autrement dit le scandale des soirées arrosées à Downing Street en pleine violation des règles sanitaires, aura finalement réussi à convaincre assez de députés conservateurs (au nombre de 54) pour imposer un vote de défiance à tout le parti. Sur 359 députés conservateurs, 180 se devaient de voter la défiance à Boris Johnson pour qu'il soit démis de ses fonctions. Les rebelles n'étaient finalement "que" 148. Une victoire de façade pour le Premier Ministre, et surtout un sacré camouflet.

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Car si Boris Johnson a gagné le vote de confiance de son parti, ses jours sont désormais comptés. En effet, avec 148 votes contre lui, sur 359 députés conservateurs, ce sont 41 % de ses propres députés qui se sont retournés contre lui. Avec une majorité de seulement 63 voix, "Boris Johnson a peut-être gardé son poste, mais il a perdu le pouvoir", commente l'analyste Beth Rigby.

Lente agonie

Pour Rory Stewart, ministre dans les gouvernements de David Cameron et Theresa May, il existe d'autres façons de mesurer la révolte anti-Johnson au sein du parti : "Si vous prenez les députés qui n'ont pas de poste au gouvernement, et dont la carrière ne dépend pas directement de Boris Johnson, ils ont été 75 % à voter contre leur Premier ministre." Et d'asséner : "C'est la fin pour Boris Johnson. La seule question est de savoir combien de temps durera l'agonie."

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D'autres premiers ministres conservateurs avant lui, comme Margaret Thatcher en 1990, John Major en 1995 et Theresa May en 2018 ont eux aussi connu des votes de défiance, mais aucun n'avait gagné ce vote avec une si courte majorité. Et aucun n'a longtemps survécu à ce premier assaut. La guerre civile au sein du parti Tory est donc désormais ouverte et le processus pour trouver un successeur a officieusement débuté. L'ancien leader des Conservateurs britanniques, William Hague, a décrit le parti Tory comme une monarchie absolue tempérée par le régicide. Nous y sommes donc.

Derniers fidèles

On sait aujourd'hui que Boris Johnson a été averti de la rébellion quelques heures avant d'assister à la grande kermesse populaire du Jubilé d'Elizabeth II. On l'a d'ailleurs vu souriant aux côtés de son épouse Carrie, assis juste derrière la Duchesse de Cambridge. Il devait être occupé à réfléchir à une riposte possible qui n'a pas tardé à être répétée en boucle par ses derniers fidèles, dès les résultats du vote connus : "La démocratie a parlé. Il n'y a pas de petite victoire. Il a gagné. Tirons un trait. Remettons-nous au travail."

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Loin de ces éléments de langage appris par coeur, d'autres conservateurs comme Roger Gale, député de North Tanet dans le Kent depuis près de 40 ans, explique qu'il a dû se résoudre à voter contre Boris Johnson : "C'est une accumulation de choses. Johnson ne peut s'en prendre qu'à lui-même. Je doute cependant qu'il agisse aussi décemment que May et Thatcher. Il va refuser de démissionner et nous mettre ainsi dans une situation encore plus difficile. Notre parti est profondément divisé." Pour Tim Montgomerie, ancien conseiller de Boris Johnson, "il veut être 'Roi du Monde' depuis son enfance. Mais si sa réputation est irréparable et son déclin en phase terminale, il ne partira de Downing Street que contraint et forcé."

Clou dans le cercueil

Le 23 juin prochain auront lieu des élections partielles, notamment dans la région du Yorkshire qui a voté pour Johnson en décembre 2019. Si les conservateurs devaient perdre ces circonscriptions du red wall (anciennement travailliste), ce serait un nouveau coup dur ou, comme on dit en anglais, "encore un clou dans le cercueil." Reste à savoir quelle personnalité conservatrice pourrait unir ce parti éclaté. Autour de Boris Johnson, au moins une demi-douzaine de ses ministres convoite sa place, notamment sa ministre des Affaires Étrangères Liz Truss, son ministre de l'économie Rishi Sunak, son ministre de la Justice Dominic Raab ou son ministre de la Défense Ben Wallace.

Cependant, leur proximité avec Johnson les disqualifie aux yeux de bien des députés conservateurs. Des opposants à Johnson auraient sans doute plus de chance de réussir comme l'ancien ministre de la santé Jeremy Hunt ou la star montante du parti, le centriste et ancien officier de l'armée de terre Tom Tugendhat. La nomination de celui-ci, dont la mère et l'épouse sont françaises, serait certainement de nature à réchauffer les relations franco-britanniques. Mais ne nous emballons pas, Boris Johnson loge toujours à Downing Street. Pour le moment.