L'Express : Quelle est votre réaction à la victoire d'Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle ?

Roberta Metsola : Emmanuel Macron a remporté une victoire historique. Avec le Parlement européen, je me réjouis de poursuivre le travail engagé en début de présidence française. Et ce travail, nous le poursuivrons bien au-delà du semestre français, parce que la crise sanitaire puis la guerre en Ukraine nous ont cruellement rappelé qu'il fallait plus d'Europe et mieux.

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Ce succès est aussi un résultat qui nous engage : avec une abstention croissante, un phénomène auquel nous assistons partout en Europe et dans bien des démocraties, avec des scores élevés de forces politiques contestataires, nous devons plus que jamais apporter des réponses aux défis d'aujourd'hui et de demain. Nos citoyens nous lancent des signaux très forts, à nous tous, en responsabilité, d'y répondre.

Plus de 4 français sur 10 ont voté pour Marine le Pen. La fragmentation de la société française vous inquiète-t-elle ?

Ce n'est pas un phénomène uniquement français. On assiste partout en Europe à une polarisation entre monde urbain, diplômé, qui a accès aux services, aux infrastructures, et à une ruralité qui a un sentiment d'abandon et de déclassement. Nous devons toutes et tous, à nos niveaux, apporter des réponses à nos concitoyens qui vivent dans cette anxiété, cette réalité.

Répondre aux défis climatiques, par exemple, c'est offrir des modes et infrastructures de transport, partout sur nos territoires, respectueux de l'environnement qui, en plus, nous sortent d'une logique de dépendance au gaz russe. Ces solutions par ailleurs sont génératrices d'emplois à valeur ajoutée, y compris en milieu rural.

La crise sanitaire nous a aussi montré que de nombreux Européens voulaient quitter les villes densément peuplées pour privilégier une vie dans des villes moyennes. Ce mouvement doit être durable et nous devons l'accompagner. C'est, je pense, en apportant des réponses concrètes à nos concitoyens qui nous apaiserons nos sociétés.

Pour l'Europe, que signifie la réélection d'un président très pro-européen ?

C'est une victoire qui confirme l'ambition pour une Europe qui se donne les moyens d'agir.

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Une Europe qui s'affirme face à des puissances hostiles, pour lesquelles nous sommes une menace dans l'essence même de ce qui nous fonde : une construction politique fondée sur la paix, la démocratie, les droits de l'Homme. Ces valeurs inquiètent tous les autocrates parce qu'elles signifient la fin, à plus ou moins long terme, de leur modèle. Rien n'arrêtera jamais un élan populaire pour la liberté. Aucun régime, partout dans le monde, ne peut résister à cela. C'est ce que nous sommes et c'est ce que nous promouvons en notre sein, et bien au-delà. C'est ça l'Europe.

Quelles sont pour vous les priorités des semaines à venir ?

Comme je l'ai déjà dit, ces élections sont une victoire des forces pro-européennes. Nous continuerons à délivrer pour l'Europe.

Nous venons de conclure un accord sur d'importantes législations numériques. La prochaine portera sur le dossier climatique. Le Green Deal européen est une nécessité pour nous, tant pour la sauvegarde de la planète que pour notre propre sécurité.

Pour l'Europe, tout a changé depuis le 24 février et nous devons nous assurer que l'Europe réponde et défende ses valeurs, protège la vie et continue de soutenir l'Ukraine, tout en faisant de cette horrible guerre l'erreur la plus coûteuse d'un dirigeant dans l'Histoire.