Paris avait dénoncé l'attitude "inadmissible" de Rome, et Rome une réaction française "agressive, incompréhensible et injustifiée". Après trois semaines de bras de fer entre les deux pays, et d'errance, le bateau humanitaire Ocean Viking, avec à son bord 230 migrants, a finalement accosté à Toulon le 11 novembre. En représailles vis-à-vis de l'Italie, qui aurait dû accueillir le bateau de l'ONG en vertu du droit maritime international, le ministre de l'intérieur Gérald Darmanin a annoncé, la semaine dernière, des "conséquences extrêmement fortes sur la relation bilatérale" et de possibles "suites juridiques". Dans l'immédiat, la France a suspendu sa participation au fragile mécanisme de relocalisation mis en place cet été. Il prévoyait qu'une douzaine d'Etats membres de l'Union européenne, dont la France et l'Allemagne, accueillent de manière volontaire 8 000 migrants arrivés dans des pays de première entrée en Europe, comme l'Italie.

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En réponse à cette récente crise qui a ravivé les débats houleux de la réforme du système migratoire de l'UE, Bruxelles a présenté ce lundi 21 novembre un plan d'action avec l'ambition d'accélérer l'application du mécanisme de solidarité. Ce projet en 20 points, portant sur la route migratoire de Méditerranée centrale, doit être discuté vendredi par les ministres de l'Intérieur des Vingt-Sept lors d'une réunion extraordinaire. Il met aussi l'accent sur la coopération avec les pays d'origine et de transit des migrants pour accroître les retours de ceux qui n'obtiennent pas l'asile dans l'UE.

Relocalisation des demandeurs d'asile

Depuis les engagements pris cet été, dans le cadre d'une démarche volontaire de relocalisation de 8 000 demandeurs d'asile par an arrivés dans des pays méditerranéens, seules 117 ont eu lieu jusqu'à présent. "Nous devons accélérer la cadence", a déclaré la commissaire européenne aux Affaires intérieures Ylva Johansson. Interrogée sur l'annonce du ministre français Gérald Darmanin, le 10 novembre, d'une suspension de l'accueil prévu de 3 500 réfugiés actuellement en Italie, la commissaire a rappelé que le mécanisme volontaire de solidarité avait été agréé grâce à la France du temps de sa présidence tournante de l'UE. "Je compte bien sûr sur la France et sur Gérald Darmanin pour continuer à être aussi constructif qu'il l'a toujours été", a-t-elle commenté.

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Elle a aussi appelé à la mise en oeuvre de "mesures alternatives de solidarité". Certains pays européens s'étaient engagés, à défaut d'accueillir des candidats à l'asile, à apporter une aide, notamment financière, aux pays de première arrivée. Ylva Johansson a par ailleurs souligné que la route de Méditerranée centrale était celle qui connaissait le plus d'arrivées irrégulières (90 000 cette année, une hausse de plus de 50% par rapport à l'année dernière) et l'une des plus dangereuses.

Négocier les retours de ceux qui n'ont pas l'asile

La semaine dernière, la commissaire suédoise s'était rendue au Bangladesh pour convaincre les autorités de ce pays d'empêcher les "arrivées irrégulières dans l'UE" et de reprendre leurs ressortissants n'ayant pas obtenu l'asile, tout en évoquant la nécessité de "voies légales de migration". Car, selon elle, "les migrants arrivant via la Libye viennent principalement d'Egypte, de Tunisie et du Bangladesh". Elle s'est par ailleurs félicitée d'une "bonne coopération avec le Niger qui a permis de faire baisser de façon significative les arrivées en provenance du sud du Sahara".

Au Parlement européen, une résolution sur la mise en oeuvre de la "directive retour", qui définit des règles communes pour le retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, avait déjà été adoptée le 16 décembre 2020. Mais le processus peine à se mettre en place.