C'est l'évènement: l'Union européenne est prix Nobel de la Paix. Une vraie surprise tant les dernières années de crise ont plombé l'atmosphère de cette révolution que représente la construction européenne.

En effet, il faut rappeler en quoi le projet européen est une "révolution" - bien plus que le dernier gadget de chez Apple. Des pays acceptent de mettre en commun une partie de leur souveraineté dans différents domaines. Jamais dans l'Histoire, des pays n'ont adopté une monnaie commune en lieu et place de leur monnaie nationale de plein gré. Il faut dire que ce projet d'unir les Nations européennes n'a pu réellement émerger qu'après le cataclysme de deux Guerres mondiales...

Le projet européen ambitonne la paix perpétuelle

Ce prix Nobel met donc en lumière ce qu'a été le ciment du projet européen: "plus jamais ça", ces guerres fraticides et dévastatrices. Il faut dire que cette volonté de paix est ambitieuse. Nos pays "modernes" se sont constitués sur la base de l'affirmation de sa propre nation par rapport à celles des voisins. On exclut l'autre pour se définir soi-même. Il est à noter que dans le même temps, les penseurs en Europe ont réfléchi à ce qui pourrait être une organisation dans la paix de notre continent.

C'est notamment le cas d'Emmanuel Kant et son essai Vers la paix perpétuelle (1785). Pour lui, il ne fallait pas confondre paix et absence momentanée de guerre. La paix doit être l'impossibilité de la guerre. C'est du reste l'idée des Jean Monnet, De Gasperi, Schuman et autres quand ils prennent le partie de resserer les liens des anciens pays en guerre en les poussant à rendre interdépendantes leurs économies. Le traité instaurant la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA - 1951) en est l'exemple type.

L'Union européenne a (pour l'instant) bien réussi cette paix kantienne: l'élimination de la menace de guerre permet aux citoyens européens de faire abstraction de l'hypothèse de la guerre dans tous leurs actes sur notre continent.

Attention au retour des nationalismes

Après cette annonce, l'ambiance sur les réseaux sociaux et les sites pro-européens est joyeuse - même chez les jeunes générations qui n'ont pourtant pas connu la guerre, ni elles ni celles de leurs parents. Un peu à l'image de nos dirigeants européens se félicitant d'une chose à laquelle ils n'ont pas contribué.

Attention cependant au retour des nationalismes en Europe. Il ne faut pas oublier avec ce prix que les intérêts nationaux ont pris le pas sur l'intérêt général européen. Ne stigmatise-t-on pas les Allemands et leur intransigeance économique ? Les pays du Nord de l'Europe ne pointe-t-il pas ces "faignants" du Sud qui les obligent à mettre plus d'argent au pot commun? En Hongrie, les relents nationalistes poussent le Premier ministre a parlé de son peuple comme étant semi-asiatique, manière de rejeter ses voisins européens. La Roumanie prétend donner des passeports roumains à tous ses "citoyens" qui vivent dans l'Union européenne, tant pis s'ils sont déjà citoyens ailleurs. En Slovénie, on menace de faire un référendum pour rejeter l'adhésion de la Croatie à l'UE...

Il est donc des plus importants de ne pas considérer que la paix est un acquis de notre continent que ce prix viendrait récompenser. Au contraire, il doit nous rappeler qu'il s'agit d'un état de fait à préserver au point d'en oublier que la guerre puisse exister entre nous.