Une commission parlementaire italienne a décidé mercredi que les empreintes digitales devraient figurer sur toutes les cartes d'identité, un document obligatoire en Italie. La mesure doit faire l'objet d'un vote au Parlement.

"Cela va désamorcer la question Rom, (les empreintes) vont être prises sur tout le monde", a déclaré le député d'opposition Antonio Misani. Le projet visant à recenser les Roms avait en effet été condamné par le Parlement européen, la Roumanie - d'où viennent la plupart des Roms - et des organisations religieuses, qui l'ont comparée au tatouage des Juifs par les Nazis et les fascistes, dans les années 1930.

Le Premier ministre roumain Calin Tariceanu a condamné cette mesure, la jugeant discriminatoire. "Pour le gouvernement roumain (...) le respect des droits de l'homme est une priorité. Nous ne pouvons pas accepter que des citoyens roumains fassent l'objet de pratiques discriminatoires qui ne respectent pas la dignité humaine", a-t-il déclaré.

Quelque 140 000 Roms vivent en Italie et le ministère italien de l'Intérieur souhaitait effectuer un recensement de ceux qui vivent dans des camps.

La mort de 2 fillettes Roms créent la polémique en Italie

L'annonce de cette généralisation des empreintes digitales intervient quelques jours après un fait divers qui a ému l'Italie.

La photo a fait la une du quotidien anglais The Independent. Celui-ci dévoile le drame qui s'est joué le 19 juillet sur une plage de Torregaveta, près de Naples. Violetta et Cristina Ebrehmovich, deux fillettes Roms âgées de 11 et 12 ans, sont étendues sur le sable, simplement recouvertes d'un drap sans que la centaine de touristes amassés autour d'elles ne réagissent. Les gamines avaient voulu se baigner malgré une mer agitée. Elles sont mortes noyées. "Nous avons récupéré les corps dans l'indifférence générale", s'est indigné un ambulancier.

"Cette scène terrible fait plus mal que tout ce que l'on a vu pendant la crise des déchets de Naples", a déclaré le cardinal Sepe, archevêque de Naples, choqué par l'indifférence de ses compatriotes devant une telle tragédie. Les petites noyées vivaient dans le camp de Secondigliano, le plus important d'Italie, qui est précisément visé par le recensement, contesté, de tous les Roms à partir de 14 ans, qu'a ordonné le ministère de l'Intérieur.

Ce faits divers a relancé le débat sur le fichage des populations Roms d'Italie, qui représentent la communauté la plus nombreuse sur le territoire transalpin. Le fichage contesté par le Parlement européen a commencé sur fond de suspicion et d'inquiétude grandissante. Selon la communauté catholique Sant Egidio, les empreintes digitales, mais aussi leur religion et leur ethnie figurent parmi les informations collectées auprès des populations Roms.

"Nous sommes gravement préoccupés. Cette façon de procéder viole les lois italiennes et européennes et rappelle des souvenirs douloureux, tels que le régime de Vichy en France", a précisé le président de Sant Egidio, Marco Impagliazzo.

Un groupe d'eurodéputés ont dénoncé le projet italien, estimant "inconcevable dans un Etat membre de l'UE qu'un groupe social spécifique soit visé par une mesure de collecte d'empreintes digitales". Ils ont envoyé à Silvio Berlusconi leurs propres empreintes digitales pour protester contre sa politique.