C'est un étrange procès qui se déroule actuellement aux Pays-Bas. Une vingtaine de Néerlandais nés d'une fécondation in vitro ont réclamé ce vendredi devant la justice un prélèvement de l'ADN de celui qui pourrait être leur même père biologique. Récemment décédé, l'homme n'est autre que l'ancien directeur de la banque de sperme.
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Selon les parents et les enfants, ce médecin spécialiste, Jan Karbaat, aurait lui-même donné son sperme au lieu du donneur choisi à la banque. Il aurait par ailleurs affirmé de son vivant être le père biologique de 60 enfants nés de fécondation in vitro (FIV).
Son avocate invoque le respect de la vie privée
Pour en avoir le coeur net, les 23 requérants, nés à partir des années 80, demandent qu'un échantillon ADN du médecin soit prélevé afin de pouvoir le comparer avec le leur. Pour Tim Bueters, l'avocat des familles, le prélèvement d'ADN sur un objet personnel, comme sa brosse à dents, est l'option privilégiée. Un test ADN sur un enfant légitime ou l'exhumation du corps serait également une possibilité.
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Lors de l'audience, l'avocat a évoqué l'histoire de chacun des bébés-éprouvettes, dont quelques cas ayant éveillé les soupçons, comme cette femme aux yeux bruns alors que le donneur devait avoir les yeux bleus.
"Il n'y a pas même le début d'une preuve que Jan Karbaat a lui-même été donneur", a rétorqué Lisette de Haan, représentante légale de l'épouse du défunt, invoquant le droit au respect de la vie privée, et ajoutant que le médecin avait écrit dans son testament qu'aucun échantillon ADN ne pouvait être prélevé après sa mort, ce qu'il avait déjà refusé de son vivant.
Egalement présente à l'audience, Moniek Wassenaar, 36 ans, avait rencontré le directeur de la banque de sperme en 2010. "Il a dit qu'il était possible que je sois son enfant biologique", a-t-elle récemment expliqué à la presse néerlandaise.
"Il voyait cela comme quelque chose de noble"
Le médecin parlait avec fierté du fait d'avoir utilisé son propre sperme, a-t-elle rapporté: "Il était en bonne santé et intelligent, il pouvait donc partager un peu de ses gènes avec le monde. Il voyait cela comme quelque chose de noble. Il n'avait pas de notion d'éthique et banalisait l'impact pour les enfants-éprouvettes."
Alors que le centre médical a fermé en 2009 pour irrégularités administratives, Jan Karbaat aurait également truqué les données, dépistages et descriptions des donneurs de sperme et dépassé le nombre maximum convenu de six enfants par donneurs. Le jugement sera rendu le 2 juin.
