Les macronistes vont-ils continuer à siéger au Parlement européen sur les mêmes bancs qu'une élue suédoise dont le parti est allié avec l'extrême droite à Stockholm ? Le groupe centriste Renew, présidé par le français Stéphane Séjourné, a du mal à se remettre du "choc" de l'arrivée au pouvoir de la nouvelle coalition suédoise, qui regroupe trois formations de droite (les Modérés, les Chrétiens-démocrates et les Libéraux) avec le soutien des - curieusement nommés - Démocrates suédois (SD).
Certes, ce parti d'extrême droite, qui a recueilli 20% des suffrages lors des élections du mois de septembre, ne siégera pas au gouvernement. Mais, les élus européens se sont étranglés en découvrant à quel point ses idées irriguent le contrat de coalition de 62 pages porté par le nouveau Premier ministre Ulf Kristersson, investi lundi 17 octobre. Quotas de réfugiés limités à quelques centaines de personnes par an, possibilité d'expulser des étrangers pour mauvaise conduite... Les chapitres immigration et criminalité font des vagues. Les Démocrates suédois ont également obtenu d'être représentés au "Regeringskansliet", un peu l'équivalent du secrétariat général du gouvernement en France, qui assiste le Premier ministre dans ses arbitrages. Visiblement, le parti Liberalema n'avait pas donné tous ces détails à ses camarades. Ces jours derniers, les téléphones ont donc chauffé au plus haut niveau entre les caciques de la famille Renew. Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte est particulièrement remonté.
"Compromis difficiles"
Au Parlement européen, les libéraux suédois sont représentés par l'eurodéputée Karin Karlsbro. Cette femme de 52 ans s'est personnellement battue contre l'alliance avec l'extrême droite. "Il y a eu des compromis difficiles" reconnaît-elle dans un texte publié sur Facebook. Néanmoins, la question de son éventuelle exclusion a été ouvertement posée par certains élus lors d'une réunion du bureau de Renew, mardi à Strasbourg. "Evidemment, on prend tous cela très mal, c'est contraire à nos valeurs, s'indigne l'élu Renaissance Pascal Durand. Comment être crédible dans notre combat contre l'extrême droite, s'il faut sans cesse se justifier sur la situation en Suède ? Nous devenons inaudibles".
La gauche ne se prive d'ailleurs pas de le faire remarquer. "Vous affirmez que Renew lutte contre le populisme, mais vos collègues viennent de faire l'inverse en aidant un parti fondé par des néonazis à accéder au pouvoir !" tacle sur Twitter la cheffe du groupe social-démocrate Iratxe Garcia Perez, en interpellant Stéphane Séjourné.
Pour le président de Renew, la situation est inconfortable. Il dénonce régulièrement le rapprochement entre la droite conservatrice du Parti populaire européen et l'extrême droite, visible par exemple en Italie. "Je ne veux pas mettre la poussière sous le tapis, s'est défendu ce proche d'Emmanuel Macron lors d'un point de presse. Je suis très à l'aise avec la membre de mon groupe et ses convictions, le problème vient de son parti politique". Stéphane Séjourné promet une décision rapide, même s'il préférerait que les décisions difficiles soient prises par l'Alliance des démocrates et libéraux européens, le parti européen auquel appartiennent les libéraux suédois et qui a le pouvoir de les exclure de la famille. Mais pour le moment, cette instance se tait.
