À Berlin, la légèreté au ralenti
Ces derniers mois, l'ambiance des années 90 fait son grand retour à Berlin. Sans les touristes, le centre-ville est presque aussi désert qu'autrefois dans les anciens quartiers fantômes du long du mur. Les embouteillages se font rares ; un Parisien pourrait qualifier la circulation de "très fluide".
Le niveau des restrictions dans la capitale allemande permet, depuis le début de la pandémie, d'avoir encore le sentiment d'être libre. Pas d'attestation de sortie, pas de couvre-feu, pratiquement aucun contrôle de police... Même la consommation d'alcool dans les parcs est tolérée. La vente à emporter généralisée permet de survivre à la fermeture des restaurants.
Depuis la réouverture des coiffeurs, le 15 mars, et les mesures de déconfinement progressif, la vie quotidienne à Berlin semble avoir repris son court. Les écoles sont ouvertes depuis le début du mois, les magasins accueillent les clients depuis cette semaine sur rendez-vous ou simplement avec des formulaires à remplir sur le seuil. Les terrains de football sont de nouveaux plein d'enfants, et les musées organisent le retour de leurs premiers visiteurs.
Enfin, les salles de concerts et de théâtre préparent leur réouverture. Le "Berliner Ensemble" de Bertolt Brecht et la Philharmonie sont en phase de "tests", avec un nombre limité de spectateurs pour anticiper et organiser la reprise de la vie culturelle -- la seule chose qui manque vraiment aux Berlinois, bien avant la gastronomie. Avec l'arrivée du printemps, personne n'imagine qu'on puisse replonger maintenant dans un troisième confinement "dur", ce qui semble pourtant se profiler avec une nette remontée des infections ces dernières semaines.
À Rome, le rideau s'est refermé d'un coup sur la liberté
Lundi 15 mars, Rome s'est réveillée confinée et avec une certaine gueule de bois. Il fallait faire les comptes, après des semaines d'ivresse passées à renouer avec des plaisirs oubliés, comme lire à une terrasse de café ou flâner dans les couloirs des musées. Sans transition et un an tout juste après le début de la pandémie, la capitale italienne passe du tout au tout. Il faut désormais composer avec les rideaux de fer baissés, les restaurants et bars fermés, les blocs de police qui sont là pour rappeler que chaque déplacement doit être justifié.
Une mise sur pause, prévue pour trois semaines, qui replonge le pays tristement en arrière, à quelques exceptions près. Terminés les chants venus des balcons qui venaient rompre le silence de plomb du confinement. Le choc a laissé place à la lassitude, à l'épuisement, à la colère aussi des restaurateurs, des commerçants "non essentiels", des travailleurs du spectacle, mais aussi des parents et des professeurs face aux écoles fermées.
Si l'année dernière, tous les espoirs étaient placés dans la campagne de vaccination, aujourd'hui l'Italie a pris du retard avec la suspension de l'utilisation du vaccin AstraZeneca. À Rome, trente-cinq centres de vaccination ont dû temporairement fermer. Un contretemps qui agace et ne fait que repousser le retour à une nouvelle bouffée d'air frais.
Douze mois après, la cité éternelle est de nouveau confinée. Seule petite consolation ? Celle de pouvoir s'évader dans les librairies, devenues un commerce de première nécessité.
À Londres, une vie en pointillé dans l'attente des coiffeurs et des pubs
La vie en "lockdown" à Londres n'aura pas été vécue de la même façon par tout le monde. Étudiants et jeunes professionnels partageant un appartement mal chauffé auront davantage souffert que les Londoniens des quartiers résidentiels, bénéficiant souvent de petits jardins ou patios à l'arrière de leur maisonnette de type victorienne ou edwardienne. Cependant, la possibilité de se promener chaque jour et l'existence d'immenses parcs comme Hampstead Heath, London fields ou Regent's Park auront offert à tous une bulle d'oxygène et de bien-être essentiel. Une "lifeline", comme on dit ici. Et le tout sans masque !
Le port du masque n'a en effet jamais été obligatoire en Grande-Bretagne, hormis dans les transports et les boutiques. La vie de quartier est rythmée par les allées et venues des livreurs en tout genre, d'Ocado (service à domicile des supermarchés Waitrose) aux petits commerces locaux, qui ont appris après le premier confinement à se réinventer pour survivre.
La vie cependant est bien là, en pointillé, contrairement à des pans entiers de la capitale britannique comme la City (quartier des affaires) et le West End (quartier des théâtres), où l'herbe a poussé entre les pavés et où toute activité humaine semble avoir définitivement disparu. Certains Londoniens s'y sont même risqués à vélo pour prendre des photos. Il faut dire que l'absence d'attestation et la bienveillance de la police, dont les traditions sont davantage de convaincre la population plutôt que de réprimer, permet de s'éloigner un peu de son domicile pour faire son heure d'exercice quotidien...
À la maison, le télétravail a dû s'accommoder du "home-schooling", un casse-tête, voire un cauchemar, qui a duré trois mois et vient heureusement de prendre fin avec la réouverture des écoles le 8 mars. Aujourd'hui, le 12 avril est attendu avec ferveur : c'est le jour de la réouverture des coiffeurs, mais aussi des terrasses de pubs, cafés et restaurants. Le 17 Mai, les Britanniques pourront enfin quitter leurs îles et voyager vers le soleil. D'ici là, une majorité de la population aura été vaccinée et vous pouvez compter sur elle pour en profiter.
