Le Danemark fait partie de l'Union européenne depuis 1973. Mais point trop n'en faut. La crise des migrants a renforcé l'euroscepticisme des Danois, qui viennent de rejeter très nettement par référendum un renforcement de leur coopération avec l'Union européenne en matière de police et de sécurité. Le non, défendu par l'extrême gauche et le Dansk Folkeparti (Parti du peuple danois), pourtant soutien au parlement du gouvernement minoritaire, a obtenu 53,1% des suffrages contre 46,9% pour le oui, selon des résultats définitifs.

"C'est un non net (...). Je respecte totalement la décision des Danois" qui "ont eu peur de perdre le contrôle" de leur destinée, a déclaré le Premier ministre danois Lars Lokke Rasmussen lors d'une conférence de presse au siège du gouvernement à Copenhague. Le président du groupe libéral Venstre (pro-européen), Soren Gade, a appelé à un "examen de conscience" dès lors "qu'une grande majorité de formations parlementaires prônent le oui et que les électeurs disent non".

"Plus d'UE ? Non merci"

Le référendum, le huitième soumis aux électeurs du royaume scandinave depuis celui sur son adhésion à l'UE en 1972, confirme la défiance de l'opinion publique à l'égard du projet européen, mais aussi la grande forme du Parti du peuple danois (DF), porte-drapeau des eurosceptiques. Cette formation anti-immigration menée par Kristian Thulesen Dahl, premier parti de droite, a fait campagne sur le thème "Plus d'UE ? Non merci", séduisant une partie des nombreux électeurs indécis.

Théâtre en février d'attaques meurtrières commises par un jeune d'origine palestinienne, le Danemark a relevé après le 13 novembre son niveau d'alerte au deuxième cran le plus haut sur une échelle de cinq. Les électeurs ont toutefois choisi de désavouer les partisans du oui, accusés d'agiter l'épouvantail terroriste pour mieux faire passer la pilule européenne, et ouvrir plus grand les frontières du pays. Le Danemark, arguait DF, risque de se voir imposer des quotas obligatoires de réfugiés, alors que le pays en a accueilli 10 fois moins que son voisin suédois.

"Non" à Europol, organisme supranational

Trois semaines après les attentats de Paris, l'enjeu était de taille puisque du résultat de la consultation dépendait l'appartenance pleine et entière du Danemark à Europol. En vertu du traité de Lisbonne, l'agence intergouvernementale chargée de la lutte contre le crime organisé, les trafics et le terrorisme deviendra en 2016 un organisme supranational subordonné au conseil des ministres européens chargé des affaires de police et de justice.

Le Danemark s'exclut du conseil et donc d'Europol, au moins jusqu'à négociation d'un accord séparé. Des experts estiment que cette négociation pourrait être longue et laborieuse et qu'un accord n'offrira pas le même degré de coopération. "La grande force du non a été de mettre en avant la question de la souveraineté (...). Beaucoup de Danois demeurent très méfiants dès qu'il s'agit d'intégration européenne", a expliqué à l'AFP le politologue Kasper Moller Hansen.