Promesse majeure du Brexit, la lutte contre l'immigration illégale n'a pas les résultats escomptés au Royaume-Uni. Londres accuse depuis longtemps Paris de ne pas beaucoup l'aider dans sa tâche, malgré des accords conclus récemment. "Nous dépendons pour beaucoup de ce que les Français font", a déclaré mercredi le Premier ministre Boris Johnson au Parlement, face à une opposition remontée.

Lundi, 785 personnes sont arrivées sur l'île en traversant la Manche depuis la France sur une embarcation de fortune. Une nouvelle rencontre a eu lieu ce mercredi entre la ministre de l'Intérieur britannique Priti Patel et son homologue français Gérald Darmanin. Sans apaiser la situation, bien au contraire.

Que reproche Londres à Paris ?

Les conditions favorables en mer aidant, le nombre d'arrivées bat tous les records. D'après l'agence de presse PA, plus de 14 000 migrants ont débarqué sur les côtes du sud de l'Angleterre par la Manche depuis le début de l'année, soit bien plus que sur toute l'année dernière (plus de 8 000).

Au-delà des traversées que le Premier ministre Boris Johnson estime "stupides" et "dangereuses", la situation profite selon lui aux "activités de gangs cruels et criminels". Londres aimerait que la France contienne plus activement ces départs, qui entraînent parfois des drames.

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Mi-août, le naufrage d'une embarcation a provoqué la mort d'un migrant érythréen. L'an dernier, quatre membres d'une famille kurde iranienne étaient morts et leur enfant d'un an avait disparu avant d'être retrouvé, selon des médias britanniques, plusieurs mois plus tard sur les côtes norvégiennes.

Depuis 2018, onze décès sont à déplorer, indique Philippe Dutrieux, préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord.

Que proposent les Britanniques ?

A l'issue d'une rencontre mercredi à Londres avec son homologue français Gérald Darmanin, la ministre britannique de l'Intérieur Priti Patel a indiqué vouloir obtenir des "résultats". Selon la presse britannique, elle souhaite que la police des frontières britannique (Border Force) s'entraîne à refouler les embarcations avant qu'elles n'atteignent les côtes anglaises.

Le Times précise que Priti Patel a demandé que soit réécrite en ce sens l'interprétation par le Royaume-Uni du droit maritime international. Cette stratégie, qui a reçu l'assentiment du Premier ministre Boris Johnson, ne serait utilisée que dans "des circonstances très limitées" d'après le Telegraph, pour les plus gros bateaux et quand la situation est jugée sûre.

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La ministre avait déjà menacé en début de semaine, selon la presse britannique, de ne pas verser plus de 60 millions d'euros promis pour financer le renforcement de la présence des forces de l'ordre françaises sur les côtes, dans un accord conclu fin juillet.

Il y a un an, Londres songeait à envoyer les demandeurs d'asile arrivés illégalement dans des centres de tri fermés sur des îles perdues au milieu de l'Atlantique, aux confins de l'Europe, chez les Papous ou sur des navires désaffectés au large des côtes de la Grande-Bretagne. Des idées a priori abandonnées.

Comment réagit la France ?

"La France n'acceptera aucune pratique contraire au droit de la mer, ni aucun chantage financier", a réagi ce jeudi matin sur Twitter Gérald Darmanin. "L'engagement de la Grande-Bretagne doit être tenu. Je l'ai dit clairement à mon homologue (...) L'amitié entre nos deux pays mérite mieux que des postures qui nuisent à la coopération entre nos services."

Pour Paris, les solutions présentées par Londres sont contraires au droit maritime international et entraînent des risques pour la sécurité des embarcations de fortune qui entreprennent la traversée. "En mer, la sauvegarde de la vie humaine prime sur des considérations de nationalité, de statut et de politique migratoire", avait insisté le ministre français dans une lettre adressée lundi à Priti Patel.

Gérald Darmanin y rejetait aussi la proposition britannique de créer un "centre de commandement conjoint unique" des forces françaises et britanniques, le jugeant contraire à la souveraineté française et inutile car la coordination sur le terrain est déjà "bonne et efficace".

Il soulignait que la hausse du nombre de migrants débarqués au Royaume-Uni s'expliquait surtout par le recours des passeurs à des bateaux de plus grande capacité, "pouvant accueillir jusqu'à 65 personnes" contre une quinzaine auparavant, transportant parfois des nourrissons, personnes âgées ou handicapées.

Il relevait aussi des "nouvelles stratégies de diversion" avec des "bateaux appâts" saturant les dispositifs d'intervention.