Rome, 21 septembre 2019. Venu spécialement pour l'occasion, Viktor Orban s'exprime lors du meeting annuel de Fratelli d'Italia, le parti d'extrême droite de Giorgia Meloni. La dirigeante italienne encense ensuite, dans une interview à un journal hongrois conservateur, celui qu'elle voit comme un exemple : "Le Premier ministre hongrois est un modèle qui montre comment se tenir fièrement sur la scène européenne tout en se battant pour la souveraineté et l'identité chrétienne de sa nation, mais également en protégeant les frontières de son pays de l'immigration de masse et l'économie réelle de la spéculation financière."
Comme Orban, la future Première ministre transalpine prône une "Europe des nations" avec des Etats membres dotés de pouvoirs renforcés. Comme Orban, menacé du gel de 7,5 milliards d'euros de fonds européens alloués à la Hongrie, Meloni estime que l'Etat de droit symbolise une "arme idéologique" servant à punir les pays critiques de Bruxelles. Le 16 septembre, au lendemain de l'adoption d'une résolution du Parlement européen qualifiant la Hongrie d'Orban de "régime hybride d'autocratie électorale", la patronne de Fratelli d'Italia rétorquait qu'il s'agit d'"un système démocratique".
Divergences sur la guerre en Ukraine
A en croire les observateurs pro-Orban, la consécration de Meloni représente une aubaine pour le dirigeant hongrois et va renforcer sa position européenne. Mais est-ce si simple ? "Orban espère que Meloni l'épaulera dans ses luttes contre l'UE autour de l'Etat de droit, de l'immigration et des questions de genre. Néanmoins, l'économie italienne dépend fortement du plan de relance européen [NDLR : 191,5 milliards d'euros ont été attribués à Rome] et des achats d'obligations de la Banque centrale européenne. Il est improbable que Meloni s'aventure dans un combat pour la liberté face à l'UE", considère la journaliste Eszter Zalan.
Si Meloni applaudit la fermeté antimigrants et la politique nataliste magyares, dont la Romaine entend s'inspirer, elle appuie les sanctions antirusses et soutient l'Ukraine à l'inverse d'Orban. Meloni partage le nationalisme et le conservatisme social du leader hongrois ; mais son atlantisme dur, son attachement à l'euro et sa volonté de coopérer avec Bruxelles l'éloignent d'Orban. Meloni le soutiendra sur certains dossiers, mais "l'orbanisation" de l'Italie redoutée par la gauche transalpine, notamment autour de l'Etat de droit, se heurte aux nécessités économiques et diplomatiques du pays.
Le rêve d'une vaste coalition souverainiste
Meloni s'apprête à diriger une Italie écrasée par la dette (150 % du PIB), dont l'intérêt est de s'entendre avec Paris et Berlin. "Ce n'est pas un hasard si les premiers voyages officiels de Meloni la mèneront chez le président français Emmanuel Macron puis le chancelier allemand Olaf Scholz, qui s'accordent pour ne pas la pousser dans les bras d'Orban. La marge de manoeuvre du gouvernement italien à venir croîtra s'il menace ses partenaires de créer un axe Rome-Budapest en cas de rejet de ses exigences, mais seulement jusqu'à une certaine limite", juge le chroniqueur Balint Ablonczy du site Valasz Online.
Après la défaite de Marine Le Pen en mai, le sacre de Giorgia Meloni ranime le rêve orbanien d'une vaste coalition souverainiste européenne, dans laquelle le tribun hongrois accueillerait volontiers Fratelli d'Italia, la Lega de Matteo Salvini, les Espagnols de Vox, le Rassemblement national français et les Polonais de Droit et Justice (PiS). Mais les divergences entre droites populistes continentales, particulièrement sur la Russie, contrarient l'aspiration du Premier ministre hongrois, isolé à Bruxelles depuis le départ de son parti Fidesz du PPE (qui regroupe des partis de la droite conservatrice au Parlement européen).
