Si Marine Le Pen gagne la présidentielle, un général et plus d'une centaine de militaires tricolores, installés au coeur de la plus grande base navale du monde, à Norfolk (Virginie), devront préparer leurs valises. Sur ces terres américaines se trouve le siège de l'un des deux commandements suprêmes de l'Otan, systématiquement dirigé, depuis 2009, par un Français. Mais la présidente du Rassemblement national a été très claire : élue, elle sortira, une fois la guerre en Ukraine terminée, la France du commandement intégré de l'Alliance atlantique.

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Ce retrait partiel de l'Otan - la France en resterait membre - est censé renforcer la position du pays. Il mènerait cependant à son affaiblissement durable. "La France perdrait son capital de crédibilité, s'inquiète Amélie Zima, chercheuse en relations internationales et auteure de L'Otan (Que sais-je ?, 2021). D'ailleurs, un rapport commandé sous la présidence de François Hollande avait conclu qu'aucun allié ne comprendrait un tel départ."

Marine Le Pen a reconnu qu'il y aurait un "prix à payer". Mais elle estime que cette sortie redonnerait son "indépendance diplomatique et militaire" à Paris, déplorant une "mise sous tutelle avec une perte décisionnelle de souveraineté". Une assertion démentie par les faits : "Le retour de la France dans la structure de commandement de l'Otan, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, ne l'a pas empêché de mener ses propres opérations militaires, comme au Mali, ou de retirer ses soldats d'Afghanistan, en 2012, bien avant les Américains, rappelle Benjamin Haddad, directeur Europe du think tank Atlantic Council. Il n'a pas non plus empêché la France de poursuivre son propre dialogue diplomatique avec la Russie."

Un char français Leclerc participant à un exercice militaire en Estonie le 5 février 2022, dans le cadre du renforcement de la présence de l'Otan en Pologne et dans les pays baltes

Un char français Leclerc participant à un exercice militaire en Estonie, le 5 février 2022.

© / ALAIN JOCARD / AFP

Pour justifier son choix, la candidate évoque la décision du général de Gaulle en 1966, similaire à la sienne. Mais les motivations du président de l'époque étaient tout autres : les Etats-Unis du président Johnson refusaient alors de reconnaître l'autonomie de la dissuasion nucléaire française et Paris souhaitait la fin des bases américaines sur son territoire. "Mais de Gaulle a toujours été très clair sur ses alliances et n'a jamais considéré qu'une entente de fond soit possible avec l'URSS, contrairement à Marine Le Pen vis-à-vis de la Russie de Poutine", indique Amélie Zima.

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Pour compenser le départ du commandement militaire otanien, la leader d'extrême droite prétend avoir trouvé la solution : "la conclusion de partenariats stratégiques bilatéraux", en particulier avec le Royaume-Uni. Certes, Britanniques et Français ont accru leur coopération militaire en 2010 avec les accords de Lancaster House. "Mais un nouveau traité sera plus difficile à obtenir aujourd'hui, car Londres, depuis le Brexit, se montre plus que jamais attaché au format militaire de l'Otan", prévient Ian Bond, du think tank Centre for European Reform.

Marine Le Pen n'aurait pas droit à plus d'égards des Etats-Unis, quand bien même le prochain président serait un républicain hostile à l'alliance atlantique. "Ses accents antiaméricains et prorusses passent mal et les Américains restent des alliés compliqués, comme l'affaire Aukus l'a montré", rappelle Benjamin Haddad, évoquant l'alliance militaire entre Washington, Londres et Canberra et le torpillage d'un contrat de sous-marins français avec l'Australie. Difficile, donc, d'imaginer Washington lui offrir un tel "partenariat stratégique bilatéral". A rebours de ses ambitions de "grandeur", une présidence lepéniste tournant le dos à l'Otan ne mènerait qu'à l'isolement diplomatique de la France.