Emmanuel Macron ne déroge pas à la tradition. Près de deux semaines après sa réélection, il débute son nouveau mandat avec une première visite à l'étranger à Berlin, ce lundi, après un passage à Strasbourg pour célébrer l'Europe. Déjà, en décembre, le chancelier Olaf Scholz, nouvellement élu, lui avait réservé son premier déplacement hors des frontières de son pays.

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Pour autant, si la collaboration entre les deux capitales est plus que rodée, le démarrage se fait encore attendre pour ce nouveau moteur franco-allemand de l'Europe, successeur d'un Macron-Merkel qui a fait ses preuves ces cinq dernières années. D'un côté, il a fallu que Paris attende la désignation du nouveau leader allemand, après des semaines de négociations. De l'autre, Berlin attend les résultats des législatives de juin pour remettre en mouvement le couple franco-allemand, animateur essentiel du projet européen.

"Tant que le cycle électoral français n'est pas achevé, les Allemands ne vont pas se lancer dans des projets à tout va avec Emmanuel Macron, souligne Paul Maurice, chercheur au comité d'étude des relations franco-allemandes de l'Ifri (Institut français des relations internationales). D'autant qu'il y a une certaine inquiétude pour l'élection des députés, avec le haut score de Marine Le Pen à la présidentielle et une alliance des partis de gauche devant Renaissance dans les sondages d'opinion."

French President Emmanuel Macron (L), German Chancellor Angela Merkel (C) and German Finance Minister and Vice-Chancellor Olaf Scholz pose ahead of a meeting with leaders of the African Union and European Union at the Palazzo Farnese, in Rome, on the sidelines of the G20 leaders' summit, on October 30, 2021. - Climate change and the relaunch of the global economy will top the G20 agenda as leaders of the world's most advanced nations meet October 30, the first in-person gathering since the pandemic. (Photo by Ludovic MARIN / AFP)

Emmanuel Macron, Angela Merkel et Olaf Scholz, le 10 octobre 2021.

© / AFP/Ludovic MARIN

Crainte d'une cobelligérance en Ukraine

Du côté de Paris, on a longtemps regretté le manque d'engagement européen d'Angela Merkel. Seule exception : la crise sanitaire et économique provoquée par le Covid-19, lorsqu'elle est revenue sur son credo d'un refus d'une mutualisation de la dette. Le profil tout en retenue d'Olaf Scholz ne semble pas plaider pour un changement de braquet, après 16 années d'un certain attentisme. "S'il a du mal à s'engager, il est aussi poussé par sa coalition, nuance cependant Paul Maurice. Cela peut le conduire sur une voie européenne, dont il est convaincu."

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La livraison d'armes lourdes à l'Ukraine en est la dernière illustration. Poussé par ses partenaires, à commencer par les Verts, le social-démocrate a su finalement prendre ses responsabilités, malgré les critiques de l'aile pacifiste de son parti. "Il y a cette grande crainte d'une cobelligérance allemande en Ukraine contre les Russes, plusieurs décennies après l'invasion nazie, explique Paul Maurice. Je remarque qu'Olaf Scholz, à qui l'on reprochait de bloquer l'envoi d'armes lourdes, a pris cette décision après des communications en ce sens de la France."

De fait, la fin des législatives françaises ouvrira une fenêtre de trois ans sans élections nationales majeures de chaque côté du Rhin. "Macron sera libéré sur le plan électoral et pourra pousser davantage son projet européen", estime Paul Maurice. C'est d'autant plus possible que le contrat de coalition du gouvernement allemand comportait une teinte proeuropéenne sans équivalent lors des années Merkel. Un nouveau chapitre pourrait donc s'ouvrir.