En ce tout début de mandat, le think tank de l'Express formule ses propositions pour réformer le pays sans tarder. Des idées dans lesquelles, sait-on jamais, le locataire de l'Elysée pourrait piocher pour enrichir son projet.

Si la politique extérieure n'a, une fois de plus, pas dominé les débats de la campagne présidentielle, la guerre d'agression russe contre l'Ukraine, première guerre chaude de la nouvelle guerre froide, constitue un tournant géopolitique. L'événement a déjà des répercussions mondiales. Il ne modifie pas le nouveau paradigme des relations internationales qu'est la conflictualité sino américaine. Il aboutit au contraire à une cristallisation des blocs : démocraties contre autocraties. Il est plus que jamais nécessaire que la France, qui reste influente au-delà de la fin de la présidence du Conseil de l'UE, donne l'impulsion à une Europe, acteur à part entière et puissance d'équilibre.

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Dans l'immédiat, il est impératif de continuer d'aider l'Ukraine à exercer son droit à la légitime défense. Plus que les sanctions, les fournitures d'armes, l'aide financière et humanitaire, l'envoi d'experts pour établir les preuves des crimes de guerre ou contre l'humanité en vue d'une justice internationale font la différence. Le président de la République pourrait répondre à l'invitation du président Zelensky pour rappeler cette solidarité concrète et pour évoquer les garanties internationales à apporter au statut de neutralité. Si seul le président ukrainien, qui a gagné ses galons de chef de guerre, peut décider du moment propice au cessez-le-feu et de la négociation inévitable avec Vladimir Poutine, il faudra le moment venu reprendre contact avec le Kremlin et, à plus long terme, éviter un rideau de fer infranchissable avec la société russe, les jeunes en particulier, ce qui ne conforterait pas la sécurité à venir de l'Europe.

Les ministres des Affaires étrangères du G7 réunis à Liverpoool, le 11 décembre 2021 au Royaume-Uni

Les ministres des Affaires étrangères du G7 réunis à Liverpoool, le 11 décembre 2021, au Royaume-Uni.

© / afp.com/PHIL NOBLE

Les conséquences de la guerre comme les leçons tirées de la longue crise sanitaire valident les propositions visionnaires du discours de la Sorbonne. Les Européens ne doivent pas seulement exprimer leur soulagement d'un retour des Américains sur notre continent, mais prendre leur destin en main. La recherche de l'autonomie stratégique - qui se décline sur les plans militaire, économique, industriel, financier et technologique face à des Etats continents - doit rester au coeur de notre action. Les instances bruxelloises ont su agir dans l'urgence et investir des secteurs (vaccins, fourniture d'armements) dans lesquels elles n'avaient pas de compétence. Le partenariat avec l'Allemagne devrait rester le moteur de l'Europe par sa force de conviction auprès d'acteurs divisés, mais en agrégeant les bonnes volontés - italienne, espagnole et autres. Le recours à la majorité qualifiée aiderait à sortir de la paralysie.

Mais dans ce nouveau contexte, il faut aussi être conscient que la "communauté internationale" tant invoquée se résume bien souvent à l'Occident au sens large, incluant le Japon et la Corée du Sud. Les Etats qui n'ont pas voté contre la Russie aux Nations unies représentent les deux tiers de la planète : outre la Chine, citons l'Inde, le Pakistan, l'Arabie saoudite, le Brésil, le Mexique et 16 pays africains. Il faudra éviter une césure entre "l'Ouest et le Reste".