Coup sur coup, l'Europe a de nouveau été frappé par le terrorisme. À Conflans-Sainte-Honorine d'abord, où Samuel Paty, un enseignant d'histoire-géographie, a été décapité pour avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves. Puis à Nice, où un homme a tué trois personnes dans une église. Enfin, l'Autriche a à son tour été touchée après la fusillade qui a provoqué la mort de quatre personnes. Dernièrement, aux Pays-Bas, un enseignant d'un collège de Rotterdam a également été contraint de se cacher après avoir reçu des menaces pour avoir affiché un dessin représentant un djihadiste à ses élèves.

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Pour Emmanuel Macron, il y avait urgence à agir à l'échelle européenne. Mardi, le président de la République a reçu à l'Elysée le chancelier autrichien Sebastian Kurz pour un déjeuner de travail, avant de participer à un mini-sommet européen virtuel sur la lutte antiterroriste au sein de l'Union européenne. Étaient également conviés par visioconférence Angela Merkel, le Premier ministre hollandais Mark Rutte, la présidente de la Commission européenne Ursula Von Der Leyen et le président du Conseil européen Charles Michel.

"Nous sommes tous d'accord pour une réponse commune, coordonnée et rapide", a lancé le chef de l'Etat face aux autres dirigeants européens. "Après chaque attentat, le politique a à coeur de montrer qu'il prend les choses en main. On agite un peu la notion d'Europe à renforcer", observe pour L'Express Nathalie Cettina, spécialiste des questions de lutte contre le terrorisme et chercheuse auprès du Centre français de recherche sur le terrorisme.

Une coopération européenne appelée à être renforcée

La coopération européenne en matière de terrorisme devrait être l'un des points clés. "Il y a plein de choses qui ont été faites depuis 2015, mais il y a toujours besoin de relancer la machine. Dès qu'on est dans une période sans attaque, j'ai l'impression que les Etats membres vont un peu plus lentement", analyse auprès de L'Express une spécialiste de l'antiterrorisme au sein de la Commission européenne.

L'attentat de Vienne a mis au jour des lacunes en matière de collaboration, censé être un atout pour l'Union européenne. Dès le 23 juillet, la police slovaque avait pris contact avec son homologue autrichienne pour les avertir que l'assaillant de l'attentat de Vienne avait tenté de se procurer des munitions d'AK-47 dans un magasin de Bratislava. La capitale de la Slovaquie se trouve à seulement une heure de route de Vienne. L'information s'est ensuite perdue. "Il y a eu un raté dans les échanges d'information", avait reconnu le ministre de l'Intérieur autrichien Karl Nehammer. Depuis, le chef du renseignement autrichien a été démis de ses fonctions.

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"La coopération est importante entre services de renseignement. Cependant, les structures qui existent type Europol ne sont pas des structures supranationales, elles n'ont pas un pouvoir de contrainte sur les Etats", rappelle Nathalie Cettina. Cette coopération européenne, bien que réelle, dépend de la volonté des Etats de transmettre les informations. "Pour que les services de renseignement veuillent bien partager les informations qu'ils détiennent, il faut qu'ils y voient un intérêt. La coopération entre services est souvent bilatérale en fonction des besoins et de la nature de la menace", souligne la chercheuse.

Des outils qui tardent à être mis en place

Des outils pour faciliter ces échanges d'information ont pourtant été mis sur les rails. Mais leur mise en place se fait attendre. En 2016, le Conseil européen a adopté une directive relative aux données des dossiers passagers (PNR). "Ces données comportent différentes informations, telles que le nom du passager, les dates du voyage, l'itinéraire, le numéro du siège, les données relatives aux bagages, les coordonnées du passager et le moyen de paiement utilisé", liste le Conseil européen.

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Ces renseignements doivent être utilisés aux seules fins "de la prévention et de la détection d'infractions terroristes ou de formes graves de criminalité". Mais son adoption bloque encore au niveau de la législation des pays membres. "Le PNR est quasiment fait. La mise en oeuvre est quasiment terminée", assure-t-on du côté de la Commission européenne. Comme le PNR, le système d'entrée et de sortie des frontières Schengen (EES), qui a fait l'objet d'un règlement en 2017, n'a toujours pas été lancé. "On voit à travers ces mesures que l'on s'oriente en matière d'antiterrorisme vers une exceptionnalité des mesures qui peuvent être attentatoires aux libertés dans certains Etats", relève Nathalie Cettina.

Macron veut renforcer l'espace Schengen

Un projet de mesure obligeant les plateformes numériques à retirer un contenu terroriste dans l'heure de sa diffusion est également en discussion. "Internet permet de diffuser certains messages et idéologies, qu'il y ait un contrôle de ces outils est utile", juge Nathalie Cettina. Emmanuel Macron a indiqué que ce règlement "doit être absolument adopté dans les semaines à venir". Après avoir décapité Samuel Paty, le terroriste de Conflans-Sainte-Honorine avait diffusé sur Twitter les images de son acte.

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Au cours du mini-sommet, Emmanuel Macron a aussi insisté de nouveau sur la nécessité de "refonder" l'espace Schengen. Le président de la République ne souhaite pas toucher à la liberté de circulation des personnes au sein de l'espace. En revanche, les frontières extérieures doivent être mieux sécurisées. Sans le nommer, le chef de l'Etat fait référence au terroriste de l'attaque dans l'église de Nice qui était arrivé deux jours plus tôt en Italie sur l'île de Lampedusa. "On a vu que ce sont des individus isolés qui agissent sans qu'il n'y ait de lien entre eux. Souvent, on voit que c'est un terroriste endogène. Ce sont des personnes qui vivent dans l'Etat ciblé et qui ne viennent pas forcément de l'étranger", tempère Nathalie Cettina. Les 10 et 11 décembre prochains, au prochain Conseil européen, Emmanuel Macron a prévu de présenter plusieurs de ces propositions qui devront être mises en oeuvre avant la fin de son mandat.