A 58 ans, le doyen des dirigeants en exercice de l'Union européenne (UE) faisait face une alliance inédite et disparate de six partis, décidée à combattre "autoritarisme" et "corruption" de 12 ans d'ère Orban. Les analystes avaient prédit une bataille serrée mais les résultats sont sans appel: le parti Fidesz de Viktor Orban recueillait 53,35% des voix après le dépouillement de 93% des bulletins, contre 34,75% pour l'opposition, a précisé le Bureau national électoral.
Les législatives qui se tiennent ce 3 avril auront un aussi grand impact pour l'avenir de l'Union européenne que la présidentielle française, dont le premier tour intervient une semaine plus tard. Car en douze ans, avec sa révolution "illibérale", le dirigeant magyar s'est imposé comme l'un des leaders les plus remuants du continent, comme le prouve son ambiguïté à l'égard de Vladimir Poutine.
Résolue à mettre un terme à son règne, l'opposition, de la gauche à l'extrême droite, s'est unie derrière un candidat désigné lors d'une primaire, Peter Marki-Zay. Pour comprendre le contexte qui a mené à une telle alliance contre-nature, il est utile de se plonger dans La Hongrie sous Orban (Plein Jour), écrit sous la direction de Corentin Léotard, rédacteur en chef du site d'informations Courrier d'Europe centrale.

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Cet essai regroupe des articles inédits de plusieurs journalistes français ayant arpenté le pays, au fil des années. Ils mettent à jour, derrière les coups d'éclat de Viktor Orban, les mutations engendrées dans le pays par sa politique. Tel ce village, Magyardombegyhaz, dont les femmes ont assuré l'avenir économique de leur communauté en se lançant avec succès dans la fabrication de fromages. Ou, encore, les dissensions au sein de la communauté juive face aux dérives autocratiques du Premier ministre et de son parti, le Fidesz.
Correspondant de L'Express en Hongrie, Joël Le Pavous signe les portraits de deux "résistants" à "l'orbanisation". D'abord celui, touchant, de Janos Gulyas, dernier maire communiste du pays, qui se plie en quatre pour assurer la survie de son village de Borsodbota, marqué par la fermeture des mines et usines de la région.
Et celui de Marton Gulyas (aucun lien de parenté avec le premier). Cet artiste et activiste a lancé une chaîne YouTube aux accents politiques, Partizan, qui dénonce le "système Orban". Populaire auprès des plus jeunes, le ton de ce média tranche dans un paysage médiatique où chaînes et journaux ont été majoritairement mis au pas, au fil des années, par le Fidesz. Par son éclectisme, cet ouvrage réussit à montrer la singularité et la complexité de la Hongrie, dans les temps présents comme par le passé.
