"L'inflation va demeurer élevée, de manière indésirable, pour un certain moment", a alerté d'emblée la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde. Déjà fragilisée par la crise déclenchée par la pandémie du Covid-19, la situation économique qui plane sur le continent s'est aggravée avec l'invasion russe en Ukraine. La BCE se montre inquiète. Tout en écartant la perspective d'une récession, elle a abaissé ses prévisions de croissance à 2,8% pour 2022 et 2,1% pour 2023.

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La pénurie de matières premières devrait contribuer à la hausse continue des prix de l'énergie et des matières premières, prévient l'institution. L'activité économique rebondira toutefois "lorsque les vents contraires soufflant actuellement s'atténueront", a ajouté la banque centrale. Le soutien budgétaire doublé de l'épargne qui devrait se libérer après avoir été accumulée durant la pandémie devrait participer à l'amélioration.

Fin des rachats nets d'actifs

Face à un contexte que l'institution juge risqué, la banque centrale est en passe de réaliser la politique inverse à celle qu'elle avait enclenchée depuis plusieurs années. Elle a annoncé l'interruption des rachats nets d'actifs "dès le 1er juillet". Les rachats d'obligations, qui ont inondé le marché de liquidités, ont été lancés en 2015 pour combattre l'hydre de la déflation, assimilée à un poison pour l'économie. En somme, la banque centrale rachetait de manière systématique des titres et des dettes pour faire baisser les coûts de financement et ainsi faire repartir l'économie.

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Mais depuis, l'économie repart trop fort, trop vite. La BCE se retrouve face au défi opposé : faire baisser l'inflation et réduire les prix. Il convient donc de suspendre les rachats de dette. La nouvelle politique européenne devrait être accompagnée par une hausse des taux dès juillet, ce qu'elle n'avait plus fait depuis mai 2011. La priorité est de sortir rapidement de l'ère des taux négatifs, inaugurée en 2014 avec le taux sur les dépôts bancaires, actuellement fixé à - 0,5 %. Il frappe une partie des liquidités dormant à la banque centrale pour inciter les banques commerciales à distribuer plus de crédit pour aider l'économie.

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Mais le risque associé à la fin des rachats d'actifs est de voir les écarts entre les taux d'emprunt des pays dits fragiles de la zone euro et ceux considérés comme "sûrs" se creuser. Derrière ces écarts, l'idée est que le marché exige une prime de risque plus élevée pour financer des pays de la zone euro dont la dette publique, gonflée avec la crise du Covid-19, est à la limite du supportable. Les effets de la politique de la banque centrale pourraient donc s'avérer immédiats.