Brexit : le Royaume-Uni veut devenir une "forteresse"

"Nous devons être plus sévères envers ceux qui abusent de notre hospitalité", a prévenu Boris Johnson quelques semaines avant de devenir le Premier ministre du Royaume-Uni. Le vote en faveur d'une sortie de l'Union européenne, en juin 2016, s'est nourri de l'inquiétude grandissante suscitée par l'installation d'étrangers sur le sol britannique, en particulier les travailleurs issus d'Europe orientale. De fait, plus de 1 million de Polonais ont profité de l'adhésion de leur pays à l'UE, en 2004, pour s'installer outre-Manche.

Le modèle britannique d'intégration en communautés séparées était à une époque présenté comme une réussite. Il se trouve aujourd'hui sérieusement remis en question, miné par les attentats du 11 septembre 2001, ceux du métro londonien le 7 juillet 2005 (56 morts et 700 blessés), ainsi que par la crise économique de 2008. L'immigration était absente de la liste des préoccupations des électeurs il y a une vingtaine d'années ; elle arrive désormais en tête.

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"Cette question obsède les Britanniques, constate Vincent Latour, professeur à l'université Toulouse-Jean-Jaurès. Le Royaume-Uni cherche de plus en plus à s'ériger en forteresse imprenable. L'idée de reprendre le contrôle des frontières et des flux migratoires a été déterminante pendant la campagne du Brexit et ne s'est plus éclipsée depuis." Réputé pour sa tolérance, le Royaume-Uni connaît une recrudescence des violences racistes : les "crimes de haine" ont augmenté de près de 30 % entre 2016 et 2017.

Boris Johnson a l'habitude des clins d'oeil aux électeurs que la diversité inquiète. Il a comparé en 2018 les femmes portant un voile intégral à des "boîtes aux lettres" et à des "braqueurs de banque". Pour autant, le leader des conservateurs revendique une vision libérale de l'immigration et voudrait revenir sur les objectifs chiffrés. Il a promis de mettre en place un système "à points" fondé sur la qualification des candidats et leur maîtrise de l'anglais. A la Chambre des communes, il s'est également dit favorable à une amnistie pour les clandestins "qui vivent et travaillent ici depuis longtemps". C. D.

Des portraits de victimes de migrants brandis lors d'une manifestation organisée par Alternative pour l'Allemagne (AfD) le 1er septembre 2018 à Chemnitz

Des portraits de victimes de migrants brandis lors d'une manifestation organisée par Alternative pour l'Allemagne (AfD), le 1er septembre 2018, à Chemnitz.

© / afp.com/John MACDOUGALL

L'Allemagne sous la pression de l'AfD

Si l'immigration est passée au second plan derrière l'urgence climatique, le sujet reste sensible dans une Allemagne encore bouleversée par l'arrivée de plus de 1 million de réfugiés en 2015 et 2016.

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Un fait, d'abord : l'insertion de ces derniers sur le marché du travail se passe bien, mieux que prévu même. "Oui, nous réussissons l'intégration", déclarait, en décembre dernier, Ingo Kramer, dirigeant de la BDA, la fédération des employeurs allemands. Allusion au fameux Wir schaffen das ("On va y arriver"), lancé en 2015 par la chancelière Angela Merkel. Selon la BDA, plus de 400 000 réfugiés suivent une formation ou ont décroché un emploi. Un quart des personnes arrivées en 2015 ont trouvé du travail, confirme l'institut de recherche sur l'emploi IAB.

Sur le plan politique, pourtant, le gouvernement Merkel ne cesse de durcir sa politique migratoire. En juillet, le Bundestag a adopté une nouvelle loi facilitant les expulsions des déboutés du droit d'asile. Le texte était défendu par le très conservateur ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer, dont les critiques contre la politique de la chancelière avaient, naguère, plus d'une fois mis en péril le gouvernement. Ce durcissement est directement lié aux déroutes successives des partis de la droite chrétienne (CDU/CSU) à toutes les élections fédérale et régionales depuis 2017, marquées par une percée historique du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD). Au point qu'après le désaveu des chrétiens-démocrates en Hesse, en octobre 2018, Merkel a décidé de quitter la présidence de la CDU, puis, au terme de son mandat, la chancellerie.

Présente désormais dans les parlements de tous les Länder, l'AfD maintient une pression constante, en instrumentalisant le moindre fait divers impliquant des étrangers pour alimenter un discours anxiogène, antimigrants et anti-Merkel. En septembre dernier, l'AfD est devenue la deuxième force politique en Saxe et en Brandebourg, dans l'ex-RDA. Elle devrait à nouveau progresser en Thuringe, le 27 octobre prochain. R. Ro.

Le ministre de l'Intérieur et chef de la Ligue italienne Matteo Salvini, lors d'un meeting de partis nationalistes européens à Milan le 18 mai 2019

Le chef de la Ligue italienne Matteo Salvini, lors d'un meeting de partis nationalistes européens, à Milan, le 18 mai 2019.

© / afp.com/Miguel MEDINA

Italie : le piège Salvini

Matteo Salvini en avait fait son cheval de bataille. Aujourd'hui, le turbulent chef de la Ligue n'est plus au pouvoir, mais l'immigration n'en reste pas moins, selon les sondages, l'un des principaux sujets de préoccupation des Italiens (avec la situation économique). Autant dire que le terrain est particulièrement miné pour le nouveau gouvernement, une coalition entre le Parti démocrate et le Mouvement 5 étoiles.

Quelle sera sa ligne de conduite ? Le 11 septembre, la nouvelle ministre de l'Intérieur, Luciana Lamorgese, a laissé entendre qu'elle mènerait une politique en rupture avec celle de son prédécesseur (Salvini). Mais jusqu'à quel point ? En réalité, le gouvernement pourrait se retrouver pris au piège, analyse Matteo Villa, chercheur à l'Institut pour les études de politique internationale, à Milan : "Avec les lois antimigrants de Salvini, des milliers de réfugiés vont perdre leur statut sous 'protection humanitaire', explique-t-il. Du coup, le nombre de personnes en situation irrégulière devrait passer de 500 000 à 700 000 d'ici à 2020." Pour éviter cela, le gouvernement pourrait être tenté de casser ces lois. Mauvaise idée, poursuit ce spécialiste : "L'an dernier, le Mouvement 5 étoiles, qui partageait alors le pouvoir avec la Ligue, les avait validées. Il ne peut aujourd'hui les remettre en question sans se discréditer, d'autant que 80 % de ses électeurs les plébiscitent encore !"

Dernière solution, augmenter les expulsions. Peu réaliste : l'administration italienne n'a jamais pu en effectuer plus de 7 000 par an. "Finalement, Salvini est ravi de se retrouver dans l'opposition, conclut Matteo Villa. Il va pouvoir accabler le gouvernement, qui risque de se retrouver très vite dans une situation intenable." C'est dans ce contexte qu'il faut voir la main tendue par Emmanuel Macron, le 18 septembre, à Rome. S'entendre sur une répartition "automatique" des migrants constituerait un succès politique pour le président du Conseil, Giuseppe Conte. Il montrerait qu'il est parvenu à un accord avec l'Union européenne, et il éloignerait le danger Salvini. Au moins pour un temps. C. H.