Il est souvent le grand oublié. Lorsqu'un enfant naît, les regards se tournent vers les femmes concernant le fameux congé maternité. Mais qu'en est-il de son pendant masculin ? En France, les traditions ont la dent dure et les lignes bougent doucement. Ce jeudi, le congé paternité - ou du second parent - double passant de 11 à 28 jours dont une semaine obligatoire. Une réforme sociétale attendue de longue date qui vise à permettre aux pères de s'investir davantage dans la parentalité et la vie du foyer. Avant cette réforme, les pères Français disposaient du même nombre de jours que les pères bulgares et moins que leurs homologues lettons par exemple.

Si cette avancée est applaudie, c'est toujours beaucoup moins que de nombreux autres pays européens... On a donc scruté les dispositifs prévus dans les différents pays européens - auxquels on a ajouté le Royaume-Uni et la Finlande. Premier constat : le congé paternité est prévu dans 23 des 28 pays analysés. Parmi les Etats qui n'en prévoient pas, il y a la Croatie, la Slovaquie et l'Allemagne. Outre-Rhin, le congé paternité se fond dans un congé parental existant d'une durée de 12 mois. Cependant, les hommes ne représentent que 27,2 % des personnes ayant pris un congé parental dans ce pays en 2015, selon une étude de l'OCDE.

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Sur le dossier, Berlin avance ses pions timidement. Encourager, sans brusquer semble son leitmotiv. Selon le site Toute l'Europe, le gouvernement fédéral a mis en place une mesure visant à prolonger ce congé à 14 mois si les deux parents choisissent d'en profiter. Bien loin de ces Etats qui restent à la traîne, d'autres pays sont sur les rails du congé paternité depuis des décennies. En premier lieu : la Norvège. Dans le pays nordique, le couple peut bénéficier de 49 semaines à 100% du salaire ou bien 80% sur 59 semaines. À noter que chaque parent dispose de dix semaines, rapporte le quotidien régional Le Républicain Lorrain dans un article consacré à ce sujet.

La Norvège pionnière, l'Espagne bien placé et les Pays-Bas à la traîne

C'est en 1993 que la Norvège instaure pour la première fois un congé parental réservé spécifiquement aux pères. Avant cela, les pères avaient la possibilité de prendre un peu de temps dans les 18 semaines accordées à la mère pour profiter de l'enfant, souligne Le Temps. "'L'introduction d'un quota de congés pour les pères a été un tournant majeur. Avant cela, ils étaient beaucoup à 'oublier' de prendre leurs jours. Grâce à cette obligation, les injonctions normatives de la paternité changent. Le père est passé d'aidant à la mère à coparent à égalité", souligne dans le média suisse Elin Kvande, professeure de sociologie à l'Université de Trondheim en Norvège.

Des disparités existent sur le continent européen sur le congé paternité.

Des disparités existent sur le continent européen sur le congé paternité.

© / Flourish

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Si l'on se penche sur la carte du Vieux continent, on remarque que nos voisins du Nord font preuve de plus de générosité sur le plan du congé paternité. En Suède, la législation du pays encourage aussi le père à s'impliquer dans la vie du nourrisson. Alors que le couple peut se partager 480 jours de congé parental, les deux parents doivent en prendre au moins 60 chacun. Dans ces conditions, chacun conserve 80% de son salaire, rapporte LCI. La chaîne d'information en continu révèle aussi que la Finlande se fait une place sur le podium avec 54 jours de congé pour les jeunes pères, le double pour les mères, auxquels s'ajoutent 26 semaines de congé parental à partager, payé 70 à 90%.

Une directive européenne change la donne

En dehors des pays nordiques, l'Espagne tire aussi son épingle du jeu. Depuis le mois d'avril 2019, le père peut bénéficier de huit semaines de congé, contre cinq semaines depuis l'été 2018. L'objectif du pays étant de progresser vers une égalité parfaite du nombre de jours de congé entre le père et la mère à la naissance d'un enfant. Ce congé, indemnisé à 100%, n'est pas transférable entre les deux parents. En d'autres termes, si le père ou la compagne n'en profite pas, il sera donc perdu, rappelle The Huffington Post. Derrière l'Espagne qui tente de montrer la voie, on retrouve une dizaine pays qui se situe dans le ventre mou du classement. Parmi eux, la France évidemment, mais aussi le Royaume-Uni et la Belgique qui offre respectivement 14 et 10 jours de congé paternité payé.

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Mais attention, la rémunération reste très faible outre-Manche, rappelle LCI. Du côté des Belges, les trois premiers jours de congé paternité sont payés intégralement, mais ensuite l'allocation versée s'élève à 82% du salaire brut. En 2019, l'Autriche a permis aux hommes de partir en congé paternité pour une durée d'un mois - tout employé en faisant la demande sera indemnisé à hauteur de 700 euros par la sécurité sociale. Au-delà des pays qui n'ont pas du tout de congé de paternité, il reste les mauvais élèves en queue de peloton, offrant moins de dix jours de congé paternité : l'Italie prévoit sept jours et la Grèce et les Pays-Bas donnent deux jours.

Alors que les situations sont diverses d'un pays à l'autre, que dit Bruxelles à ce sujet ? Il faut se pencher sur la directive sur "l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée des parents et des aidants", adoptée en juin 2019. En substance, le texte européen établit un congé paternité d'au moins dix jours ouvrables pour "les pères ou, le cas échéant, pour les personnes reconnues comme seconds parents équivalents par la législation nationale". Les Etats membres sont priés de transposer la directive dans leur législation nationale avant le 2 août 2022. L'Allemagne, la Croatie ou encore la Slovaquie devraient donc voir naître un congé paternité d'ici peu à l'intérieur de leurs frontières.